Géants
Europe;Proche-Orient · Antiquité–Moyen Âge
Folklore du monde
Les Nephilim de la Bible, les Géants grecs nés de la Terre, les géants du givre de la mythologie nordique, Goliath face à David : les traditions anciennes sont peuplées d'êtres d'une taille hors du commun. Certains récits ont pu naître de grands os fossiles trouvés dans le sol, que les Anciens prenaient pour des restes de héros. D'autres ont été exploités : en 1869, un « géant pétrifié » sorti d'une ferme de l'État de New York a attiré les foules avant d'être reconnu comme une statue de gypse. Ce dossier sépare ce que disent les textes, ce que montrent les os et ce qui relève du canular.
Les Nephilim de la Bible
Les géants de la Bible apparaissent d'abord dans un passage très court de la Genèse, juste avant le récit du Déluge. Le chapitre 6 raconte que des « êtres divins » trouvèrent belles les filles des humains et les prirent pour femmes. Le verset 4 ajoute : « C'est alors, et plus tard aussi, que les Nephilim apparurent sur la terre, quand les êtres divins s'unissaient aux femmes humaines, qui leur donnaient des enfants. Tels furent les héros d'autrefois, les hommes de renom. »
Le texte ne dit pas que les Nephilim étaient grands. Il les associe à des héros anciens et célèbres. L'idée de taille vient d'un autre passage, au livre des Nombres. Moïse envoie des éclaireurs reconnaître le pays de Canaan. À leur retour, certains découragent le peuple : « nous y avons vu les Nephilim, les Anaqites font partie des Nephilim, et nous nous sentions comme des sauterelles ». La Britannica cite ce passage comme l'exemple biblique des géants.
Pour les croyants juifs et chrétiens, ces textes ont une valeur religieuse. Cette dimension reste hors du champ de la preuve. Ce dossier s'en tient à ce que disent les textes et à la façon dont ils ont été lus.
Les Géants grecs et les géants du Nord
Dans la mythologie grecque, les Géants (Gigantes) sont des enfants de la Terre. Le poète Hésiode raconte que le Ciel fut mutilé. Les gouttes de sang tombèrent sur la Terre, qui enfanta les Érinyes, puis « les grands Géants aux armes brillantes, tenant de longues lances à la main ». Selon la Britannica, les Géants furent vaincus par les dieux de l'Olympe, aidés par Héraclès, dans une grande guerre appelée la Gigantomachie. Beaucoup passaient pour être enterrés sous des montagnes, où les feux des volcans et les tremblements de terre signalaient leur présence.
Les artistes grecs ont souvent représenté cette guerre, notamment sur la frise du grand autel de Pergame. Ils montraient les Géants avec un corps d'homme terminé par des jambes de serpent. La victoire des dieux était lue comme celle de la civilisation grecque sur la barbarie, ou du bien sur le mal. Le mot français « géant » vient d'ailleurs, par le latin, de ces Gigantes grecs.
La mythologie nordique place aussi des géants au début du monde. Dans l'Edda de l'Islandais Snorri Sturluson, le premier être est Ymir, un géant du givre né de glace fondue. Ses descendants sont les géants du givre. Les fils de Bor tuent Ymir et façonnent le monde avec son corps : « de son sang ils firent les mers et les lacs », sa chair devint la terre, ses os les rochers, et son crâne le ciel. Le pays des géants s'appelle le Jötunheim. La Britannica résume : ce sont des êtres primitifs, plus anciens que les dieux, et vaincus par eux.
Goliath, un géant de combien de coudées ?
Goliath est le plus célèbre des géants bibliques. Le premier livre de Samuel raconte son combat contre le jeune David. Sa taille dépend pourtant du manuscrit que l'on lit. Le texte hébreu traditionnel, dit massorétique, lui donne six coudées et un empan. Le plus ancien manuscrit hébreu connu de ce passage, trouvé à Qumrân et appelé 4QSam-a, donne seulement quatre coudées et un empan. Selon J. Daniel Hays, les principaux manuscrits anciens de la traduction grecque, la Septante, ont aussi la leçon courte.
La différence est grande. Avec une coudée d'environ 45 centimètres, que Hays retient comme valeur courante, la leçon longue donne près de 3 mètres, et la leçon courte un peu plus de 2 mètres. Hays pense que la leçon courte est la plus ancienne. D'autres auteurs, comme Clyde Billington, à qui il répond, défendent la leçon longue. La question reste débattue entre spécialistes du texte biblique.
Des os de géants dans le sol
Une autre piste vient de la paléontologie. En 2000, la chercheuse Adrienne Mayor publie The First Fossil Hunters chez Princeton University Press. Elle soutient que des mythes grecs et romains sont nés de la découverte de grands ossements fossiles. Selon le compte rendu paru la même année dans Palaeontologia Electronica, elle relie des sanctuaires de héros locaux, comme ceux d'Oreste à Sparte, de Thésée à Athènes ou de Pélops à Olympie, à des restes de grands mammifères de l'ère cénozoïque. Les Neades, monstres de l'île de Samos, seraient nés d'ossements de mastodontes.
Le compte rendu juge l'ouvrage bien écrit et bien argumenté, mais note que plusieurs identifications sont spéculatives. L'idée générale est solide : des os énormes sortaient bien du sol, et les Anciens leur cherchaient une explication. Le détail de chaque cas reste discuté.
Le paysage a aussi pu nourrir ces récits. La Britannica rappelle que les figures taillées dans la craie, comme le géant de Cerne Abbas en Angleterre, ainsi que les monuments mégalithiques et les longs tumulus, ont fait imaginer d'anciens bâtisseurs géants. Dans les contes européens, les géants sont souvent cruels, stupides, mangeurs d'hommes, parfois borgnes, et le héros les bat par la ruse plus que par la force.
Le géant de Cardiff, un canular de 1869
Le 16 octobre 1869, deux puisatiers, Gideon Emmons et Henry Nichols, creusent un puits sur la ferme de William C. Newell, à Cardiff, près de Syracuse, dans l'État de New York. Ils mettent au jour un grand homme de pierre, couché dans le sol. On parle aussitôt d'un géant pétrifié, et les visiteurs paient pour le voir.
Le géant était un faux. Son auteur, George Hull, fabricant de cigares de Binghamton, avait eu l'idée en 1866 lors d'une discussion dans l'Iowa. Selon American Heritage, il s'agissait d'un débat avec un prédicateur sur le verset de la Genèse consacré aux Nephilim. En 1868, Hull fait extraire un grand bloc de gypse près de Fort Dodge, dans l'Iowa, et le fait sculpter en secret à Chicago. En novembre 1868, la statue est enterrée sur la ferme de Newell, complice de l'affaire.
Le 25 novembre 1869, le paléontologue Othniel C. Marsh, de l'université Yale, qualifie le géant de « fumisterie des plus manifestes » et d'objet très récent. Le célèbre forain P. T. Barnum, qui n'avait pas pu acheter ou louer l'original, en fait faire une copie qu'il expose à New York. Le géant de Cardiff est aujourd'hui exposé au Farmers' Museum de Cooperstown, dans l'État de New York. Il rappelle que les récits bibliques de géants pouvaient alors servir à vendre des billets.
Ce que les sources permettent de dire
Les géants sont l'un des motifs les plus répandus des traditions anciennes. Les textes religieux et mythologiques qui les décrivent sont bien conservés et peuvent être lus directement. Ils parlent d'origines du monde, de héros anciens ou d'ennemis vaincus, et ne prétendent pas décrire une population mesurable.
Deux explications concrètes sont bien documentées : les grands os fossiles trouvés dans le sol, et les monuments anciens dont on ignorait les bâtisseurs. À l'inverse, aucune preuve matérielle d'une humanité géante n'apparaît dans nos sources. Le cas moderne le plus célèbre, le géant de Cardiff, est un canular reconnu par son auteur.
Les explications examinées
Textes primaires conservés ; leur valeur religieuse reste hors du champ de la preuve.
Thèse d'Adrienne Mayor (2000) ; le principe est solide, plusieurs identifications restent spéculatives.
Lien relevé par la Britannica dans le folklore européen.
Leçon courte à Qumrân et dans la Septante ancienne ; Hays et Billington s'opposent sur la leçon originale.
Aucune preuve matérielle ; le géant de Cardiff est une statue de gypse sculptée en 1868.
Questions ouvertes
- Quels ossements précis étaient montrés comme reliques de héros dans les sanctuaires grecs ?
- Comment la lecture « géants » des Nephilim s'est-elle imposée dans les traductions anciennes ?
Sources
Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.
- Genèse 6:1-4, texte hébreu et traduction THE JPS TANAKH: Gender-Sensitive Edition (2023) — Sefaria Niv. 1
- Nombres 13:32-33, texte hébreu et traduction THE JPS TANAKH: Gender-Sensitive Edition (2023) — Sefaria Niv. 1
- Hésiode, Théogonie, trad. Hugh G. Evelyn-White (Loeb Classical Library, 1914), extraits — University of Vermont (support de cours) Niv. 1
- Snorri Sturluson, The Younger Edda, trad. Rasmus B. Anderson (Chicago, Scott, Foresman and Company, 1901), texte du Project Gutenberg — George Mason University Niv. 1
- J. Daniel Hays, « The Height of Goliath: A Response to Clyde Billington », Journal of the Evangelical Theological Society 50/3 (2007), p. 509-516 — Evangelical Theological Society Niv. 2
- « Giant », article de l'Encyclopaedia Britannica — Encyclopaedia Britannica Niv. 3
- Compte rendu de Adrienne Mayor, The First Fossil Hunters: Paleontology in Greek and Roman Times (Princeton University Press, 2000) — Palaeontologia Electronica (Coquina Press, 2000) Niv. 2
- Mark Rose, « When Giants Roamed the Earth », Archaeology 58:6 (novembre-décembre 2005) — Archaeological Institute of America Niv. 4
- Stephen W. Sears, « The Giant in the Earth », American Heritage 26:5 (août 1975) — American Heritage Niv. 4
Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.