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Djinns

Moyen-Orient;Afrique du Nord;Asie · Antiquité–présent

Folklore du monde Esprit critique et perception

Bilan · Croyance religieuse affirmée par le Coran et tradition folklorique ancienne ; l'existence des djinns relève de la foi, hors du champ de la preuve Dossier approfondi8 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Invisibles, faits d'un feu sans fumée, capables de choisir entre le bien et le mal : les djinns occupent une place centrale dans les traditions arabes et musulmanes. Avant l'islam, on disait qu'ils inspiraient les poètes et les devins. Le Coran affirme leur existence et leur consacre une sourate entière. Les contes, dont les Mille et une nuits, en ont fait des génies célèbres dans le monde entier. Aujourd'hui encore, des croyants font appel à la ruqya, une pratique de guérison par la récitation du Coran.

Des êtres faits de feu

Le mot djinn est un pluriel ; le singulier est djinni, que l'on rend aussi par « génie ». L'Encyclopaedia Britannica définit le djinni comme « un esprit qui habite la terre mais que les humains ne voient pas ». Les djinns sont, par nature, des êtres de flamme sans fumée, de la même façon que les humains sont faits de terre.

Ce parallèle vient directement du Coran. Dans la sourate 55, deux versets se suivent : Dieu a créé l'homme d'une argile sonore comme la poterie, et il a créé les djinns d'une flamme de feu sans fumée. L'universitaire Amira El-Zein, dans un livre publié en 2009 par Syracuse University Press, insiste sur cette idée de deux créations parallèles, l'une d'argile, l'autre de feu.

Selon la Britannica, les djinns peuvent prendre une forme humaine ou animale. Ils habitent des pierres, des arbres, des ruines, le sous-sol, l'air ou le feu. Ils ont des besoins semblables à ceux des humains et peuvent mourir, mais ils échappent aux contraintes physiques ordinaires. On leur attribuait de nombreuses maladies et de nombreux accidents, et l'on disait qu'ils punissaient ceux qui leur faisaient du tort.

Avant l'islam : poètes et devins

La croyance aux djinns est plus ancienne que l'islam. La Britannica rapporte qu'elle était répandue en Arabie avant l'islam, et que l'on pensait que les djinns inspiraient les poètes et les devins.

Le chercheur Maxim Yosefi a étudié ce djinn inspirateur dans un article de 2019. Il montre que, chez les poètes de la fin de l'époque préislamique et du début de l'islam, l'image du djinn était devenue un procédé littéraire. Le poète l'invoquait pour dire l'énergie créatrice qui lui venait face à une épreuve. Selon Yosefi, les poètes de l'époque islamique présentaient le plus souvent cet esprit comme un compagnon fidèle qui les aide dans le besoin, plutôt que comme la source même de leur talent. Son étude s'appuie sur des sources littéraires médiévales et sur des enquêtes ethnographiques récentes.

La Britannica cite aussi plusieurs sortes d'êtres apparentés dans les croyances populaires : la ghoule (ghūl), esprit perfide qui change de forme ; l'ifrit, esprit malfaisant ; la si'lā, esprit perfide à forme fixe.

Ce que dit le Coran

Pour les musulmans, l'existence des djinns est un article de foi : le Coran l'affirme, comme le rappelle la Britannica. Ce dossier présente ces textes tels qu'ils sont, sans chercher à les confirmer ni à les réfuter, car la question relève de la croyance et reste hors du champ de la preuve.

La sourate 72 porte le nom des djinns (al-Jinn). Elle rapporte les paroles de djinns qui ont écouté la récitation du Coran : ils disent avoir entendu une récitation merveilleuse qui guide vers le droit chemin, et ils déclarent qu'ils n'associeront personne à leur Seigneur. Ils reconnaissent que certains d'entre eux, insensés, disaient des mensonges sur Dieu. Ils racontent aussi qu'ils s'asseyaient autrefois pour écouter le ciel, mais qu'ils le trouvent désormais gardé par des gardiens sévères et des étoiles filantes. Enfin, ils disent : « parmi nous, il y a des justes et d'autres qui le sont moins ».

Ce texte fonde une idée importante, que la Britannica résume ainsi : les djinns sont des créatures qui peuvent choisir entre le bien et le mal, et qui seront sauvées ou damnées. Ils ne sont donc ni des démons par nature, ni des anges.

D'autres versets les mettent en scène. Dans la sourate 18, Dieu ordonne aux anges de se prosterner devant Adam ; tous le font sauf Iblis, et le texte précise qu'Iblis « était l'un des djinns ». Dans la sourate 34, des djinns travaillent pour le roi Salomon, par la permission de Dieu : ils construisent pour lui des sanctuaires, des statues et de grands bassins. Quand Salomon meurt, les djinns ne s'en aperçoivent que lorsque des termites rongent le bâton sur lequel il s'appuyait. Le texte en conclut que, s'ils avaient connu l'invisible, ils ne seraient pas restés dans cette servitude humiliante.

Des contes aux génies des Mille et une nuits

Selon El-Zein, les croyances sur les djinns sont profondément liées à la culture et à la religion musulmanes, et on les retrouve sans cesse dans les légendes, les mythes, la poésie et la littérature. La Britannica souligne leur place dans les Mille et une nuits et dans une vaste littérature populaire.

L'Encyclopédie Larousse retrace l'histoire de ce recueil. Il serait issu d'un ouvrage persan traduit en arabe au VIIIe ou au IXe siècle ; l'original persan et sa première traduction ont disparu. Deux auteurs de Bagdad au Xe siècle, al-Mas'udi et Ibn al-Nadim, sont les premiers à le mentionner. Les manuscrits de référence, syriens et égyptiens, datent pour les plus anciens du XVe siècle. Parmi les contes présents dans toutes les versions, Larousse cite « le Marchand et le génie » et « l'Histoire du pêcheur ».

Le recueil arrive en Europe au début du XVIIIe siècle grâce à la traduction française d'Antoine Galland. Celui-ci y ajoute des contes qui deviendront très célèbres, comme Aladdin et la lampe merveilleuse. C'est par cette voie que le djinni est devenu, pour les lecteurs européens, le « génie » des contes.

La ruqya aujourd'hui

La croyance aux djinns n'appartient pas qu'au passé. L'ethnologue Michael Marlow a observé, pour un article publié en 2022 dans la revue Contemporary Islam, le travail d'un raqi installé à Stockholm. La ruqya y est décrite comme une forme d'exorcisme islamique, destinée à chasser les djinns et d'autres influences néfastes. Elle repose surtout sur la récitation du Coran.

Le raqi choisit des passages selon les cas : la Fatiha, le verset du Trône (2:255) et les trois dernières sourates pour tous les patients, d'autres versets contre la sorcellerie (sihr), le mauvais œil ou les « murmures » sataniques. Il pose la main sur la tête du patient et dit sentir des zones de chaleur. Il affirme croire sincèrement aux djinns et à la sorcellerie. Mais il estime aussi que certaines personnes qui disent voir des djinns souffrent de psychose, et il compare son travail aux thérapies cognitives.

Marlow décrit ces pratiques sans se prononcer sur l'existence des djinns. Il s'intéresse à ce que les rituels font pour les patients. Il rapporte par exemple le cas d'une femme qui ne croit pas à la sorcellerie, mais qui trouve la ruqya plus utile pour son bien-être que les soins occidentaux classiques.

Ce que les sources permettent de dire

Les sources documentent une croyance très ancienne, antérieure à l'islam, puis affirmée par le Coran, et une tradition littéraire et populaire immense, des poètes arabes aux Mille et une nuits. Elles documentent aussi des pratiques actuelles, comme la ruqya, observées par des chercheurs.

L'existence des djinns est un point de foi pour les musulmans. Elle ne peut être ni démontrée ni réfutée par les méthodes de l'histoire ou des sciences, et reste hors du champ de la preuve. Ce que l'on peut étudier, ce sont les textes, les récits, les images et l'expérience des personnes qui disent vivre avec les djinns.

Lorsque des troubles sont attribués à un djinn, la question de leur cause relève de la médecine et de la psychologie, sans que cela remette en cause la foi. Le raqi de Stockholm lui-même distingue certains cas qu'il juge psychiatriques.

Les explications examinées

Retenue
Croyance religieuse fondée sur le Coran

Existence affirmée par le Coran ; relève de la foi, hors du champ de la preuve.

Retenue
Héritage des croyances arabes préislamiques, repris et transformé par l'islam

Attesté par la Britannica et l'étude de Yosefi sur les poètes.

Retenue
Figure littéraire popularisée par les contes et les Mille et une nuits

Place importante dans le recueil ; diffusion en Europe par Galland.

Débattue
Troubles attribués aux djinns expliqués en partie par la psychiatrie

Le raqi étudié par Marlow distingue lui-même certains cas psychiatriques ; la frontière varie selon les personnes.

Questions ouvertes

  • Comment les croyances préislamiques sur les djinns ont-elles été reprises dans les premiers commentaires du Coran ?
  • Comment les raqis et les psychiatres travaillent-ils ensemble, ou non, en Europe ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Coran, sourate 72 (al-Jinn), versets 1-13, traduction anglaise — Quran.com Niv. 1
  2. Coran, sourate 55 (ar-Rahman), versets 14-15, traduction anglaise — Quran.com Niv. 1
  3. Coran, sourate 18 (al-Kahf), verset 50, traduction de Mustafa Khattab (The Clear Quran) — Quran.com Niv. 1
  4. Coran, sourate 34 (Saba), versets 12-14, traduction anglaise — Quran.com Niv. 1
  5. Jinni (article) — Encyclopaedia Britannica Niv. 3
  6. Amira El-Zein, Islam, Arabs, and the Intelligent World of the Jinn (2009) — Syracuse University Press (Project MUSE) Niv. 2
  7. Maxim Yosefi, « The origins of the traditional approach towards the jinn of poetic inspiration in tribal Arab culture », Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 49 (2019), p. 293-302 — Archaeopress Niv. 2
  8. Michael Marlow, « The practices of a raqi (Islamic exorcist) in Stockholm », Contemporary Islam 16 (2022), p. 277-294 — Åbo Akademi University (dépôt institutionnel) Niv. 2
  9. Les Mille et Une Nuits (Alf layla wa layla) — Encyclopédie Larousse Niv. 3

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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