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Comètes historiques

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Ciel, espace et SETI

Bilan · Présages construits après coup ; la comète de Halley est un objet périodique, sans effet sur les affaires humaines Dossier approfondi9 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Pendant des siècles, une comète dans le ciel a été lue comme un message : la chute d'un roi, une guerre, un malheur. Les annales chinoises les notent depuis l'Antiquité, la tapisserie de Bayeux en brode une au-dessus de Harold en 1066, et Giotto en peint peut-être une au-dessus de la crèche. Puis Edmond Halley montre en 1705 qu'une comète peut revenir à date fixe. Le présage devient un objet calculable, mais la peur ne disparaît pas : en 1910, on vend encore des « pilules anti-comète ».

Un astre qui parle aux rois

Une comète ne ressemble à aucun autre objet du ciel. Elle apparaît sans prévenir, porte une chevelure ou une queue, se déplace parmi les étoiles puis disparaît. Pendant longtemps, elle a été lue comme un signe. Selon les historiens Michael Lewis et Simon Portegies Zwart, on y voyait en général l'annonce d'un changement, et souvent d'un malheur.

Ce dossier suit une seule comète, celle qui porte aujourd'hui le nom de Halley, à travers quatre moments. Les annales chinoises, la tapisserie de Bayeux, une fresque de Giotto et la panique de 1910 montrent comment un même phénomène naturel a changé de sens selon les époques.

Les annales chinoises

Les astronomes chinois ont noté les comètes pendant des siècles, avec la date, la position et le trajet dans le ciel. Selon l'astronome Ronald Stoyan, ils ont décrit la plus ancienne apparition de comète que l'on puisse identifier aujourd'hui, en 613 avant notre ère. Rien dans les sources que nous avons consultées ne permet de dire qu'il s'agissait de la comète de Halley.

Le premier passage de Halley reconnu avec assurance date de 240 avant notre ère. Le Shiji, la grande chronique historique chinoise, rapporte que pendant la septième année du règne du futur Qin Shi Huang, une comète parut d'abord à l'est, puis fut vue au nord, puis à l'ouest au cinquième mois. Ce trajet correspond à celui que les calculs donnent pour Halley cette année-là. L'historien Adrian Galea rappelle que les archives de la comète remontent peut-être jusqu'à cette date.

1066 : l'étoile de la tapisserie de Bayeux

La tapisserie de Bayeux raconte la conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie. Dans la scène 32, juste après le couronnement de Harold, des hommes lèvent les yeux et montrent une comète. L'inscription latine dit seulement : « ISTI MIRANT STELLA[M] », « ceux-ci admirent l'étoile ».

Lewis et Portegies Zwart ont comparé l'image au calendrier réel. Harold est couronné le 6 janvier 1066. La comète passe au plus près du Soleil le 23 mars, puis s'approche à environ 15 millions de kilomètres de la Terre vers le 23 avril. La Chronique anglo-saxonne la signale « la veille de la Grande Litanie, c'est-à-dire le 24 avril ». La tapisserie resserre donc le temps : elle place la comète juste après le couronnement, pour des raisons politiques et avec le recul.

Les chroniqueurs normands vont dans le même sens. Guillaume de Jumièges écrit que la comète annonçait, « comme beaucoup le disaient », un changement dans un royaume. Guillaume de Poitiers, qui écrit entre 1071 et 1077, s'adresse à Harold pour dire qu'elle annonçait sa perte. Vers 1125, Guillaume de Malmesbury raconte qu'un moine, Æthelmær, qui avait déjà vu une comète en 989, s'écria : « je te vois brandir la ruine de ma patrie ». Le présage est écrit après la bataille de Hastings, quand on connaît déjà la fin.

Giotto et l'étoile des mages

À Padoue, Giotto di Bondone peint les fresques de la chapelle des Scrovegni, probablement à partir de 1303. Dans l'Adoration des mages, l'étoile de Bethléem est une comète avec une longue queue. Selon l'Agence spatiale européenne, ce serait la première représentation « scientifique » d'une comète ; c'est pour honorer ce dessin que l'ESA a donné le nom de Giotto à l'une de ses sondes.

On a longtemps pensé que Giotto avait peint ce qu'il avait vu en 1301, lors du passage de Halley. L'astronome Mark Kidger a réexaminé la question en 2026. Selon les calculs, le passage de 1301 était médiocre, et la comète n'aurait jamais dépassé la magnitude +1, même si certains indices suggèrent qu'elle a été plus brillante que prévu. Deux autres comètes sont visibles en 1304, dont l'une, C/1304 Y1, est observée seulement six jours, mais justement la veille et le jour de Noël. Kidger la juge un modèle probable, tout en reconnaissant que des questions restent ouvertes pour les trois candidates.

Halley rend la comète prévisible

En 1705, Edmond Halley publie à Londres sa Synopsis de l'astronomie des comètes. Il compare les orbites de comètes observées et montre que celles de 1531, 1607 et 1682 suivent le même chemin. Il en conclut qu'il s'agit d'un seul objet, qui revient régulièrement, et annonce son retour pour 1758.

À la mi-novembre 1758, le mathématicien Alexis Clairaut présente à l'Académie des sciences de Paris un calcul qui fixe le passage au plus près du Soleil au 14 avril 1759, à un mois près. Dans la nuit du 25 décembre 1758, Johann Georg Palitzsch, un agriculteur passionné d'astronomie, retrouve la comète près de Dresde. Elle passe au périhélie le 13 mars 1759. La comète porte désormais le nom de Halley. Un astre de présage est devenu un objet dont on calcule le retour.

1910 : la peur du cyanogène

La science n'a pas fait disparaître la peur. Le 7 février 1910, l'observatoire Yerkes, aux États-Unis, annonce avoir détecté par spectroscopie du cyanogène dans la queue de la comète. Ce gaz est apparenté au cyanure. Interrogé par le New York Times, l'astronome français Camille Flammarion évoque la possibilité que ce gaz imprègne l'atmosphère et éteigne toute vie, sans dire que c'est probable. Le journal titre sur la « queue empoisonnée » de la comète, et d'autres journaux reprennent l'histoire.

La Terre devait traverser la queue dans la nuit du 18 au 19 mai 1910. Selon le Science History Institute, des vendeurs proposent des « pilules anti-comète », un courtier de Los Angeles vend une « assurance comète », des gens calfeutrent leurs maisons. Des suicides sont attribués à la panique dans au moins quatre pays. Galea rappelle pourtant que la queue d'une comète est extrêmement ténue et que le cyanogène n'y est qu'un composant mineur. À Malte, la population reste calme : des foules se rassemblent sur les bastions de La Valette, sous un ciel couvert, et rien d'inhabituel ne se produit.

Les réactions varient beaucoup d'un lieu à l'autre. Le Science History Institute rapporte que des paysans allemands refusent de semer ce printemps-là, que des barmen affirment qu'assez de whisky dans le sang protège du gaz, et qu'une mondaine de Brooklyn organise une « fête de la comète » avec treize invités. À Malte, au contraire, le conférencier Francis Reynolds rassure le public et les journaux locaux expliquent la science. La comète y est signalée le 24 avril 1910 et devient visible à l'œil nu le lendemain.

Ce que les sources permettent de dire

Aucune source ne montre qu'une comète ait agi sur les affaires humaines. Les présages de 1066 ont été écrits ou brodés après les événements, quand l'issue était connue. Les sociétés anciennes observaient pourtant le ciel avec soin : sans les annales chinoises et les chroniques médiévales, on ne pourrait pas reconstituer l'histoire de la comète de Halley sur plus de deux mille ans.

L'identification de la comète de Giotto reste débattue. Quant à la panique de 1910, elle montre qu'une donnée scientifique exacte, la présence de cyanogène, peut produire une peur infondée quand on oublie la quantité en jeu.

Les explications examinées

Retenue
Comètes lues comme présages selon le contexte politique, souvent après coup

Lewis et Portegies Zwart sur 1066 ; chroniques écrites après Hastings.

Retenue
Comète de Halley périodique, dont le retour se calcule

Halley (1705), retour de 1758-1759.

Débattue
Comète de l'Adoration des mages inspirée par Halley en 1301

Kidger (2026) préfère C/1304 Y1, sans trancher.

Écartée
Empoisonnement de l'atmosphère par la queue en 1910

Queue très ténue, cyanogène composant mineur ; aucun effet observé.

Écartée
Influence réelle des comètes sur les rois et les guerres

Aucun mécanisme ni corrélation démontrée.

Questions ouvertes

  • Quelles autres chroniques médiévales décrivent la comète de 1066, hors d'Angleterre et de Normandie ?
  • Comment les pilules anti-comète de 1910 étaient-elles fabriquées et vendues ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Edmond Halley, A Synopsis of the Astronomy of Comets (Londres, John Senex, 1705), exemplaire numérisé — Smithsonian Libraries Niv. 1
  2. Michael Lewis et Simon Portegies Zwart, « The significance of Halley's Comet in the Bayeux Tapestry », dans A. Willemsen et H. Kik (éd.), Dorestad and Everything After, Sidestone Press, 2025, p. 123-138 — arXiv (2511.14809) Niv. 2
  3. Mark Kidger, « What was the comet depicted in Giotto's Adoration of the Magi? », Journal of the British Astronomical Association 136:1 (2026), p. 25-36 — British Astronomical Association Niv. 2
  4. The adoration of the Magi (Giotto di Bondone) — Agence spatiale européenne (ESA) Niv. 3
  5. Ronald Stoyan, « Great comets in antiquity », dans Atlas of Great Comets, trad. Storm Dunlop, 2015, p. 42-44 — Cambridge University Press Niv. 2
  6. 5月25日 最古のハレー彗星出現記録(紀元前240年)(25 mai : la plus ancienne apparition attestée de la comète de Halley, 240 av. J.-C.) — Kodansha, Blue Backs (gendai.media) Niv. 4
  7. Giangiacomo Gandolfi, « I cieli stellati che cambiarono il mondo » : la cometa di Halley e Palitzsch (24 décembre 2019) — Media INAF (Institut national d'astrophysique, Italie) Niv. 3
  8. Sam Kean, « The Comet Panic of 1910 Revisited », Distillations (16 janvier 2025) — Science History Institute Niv. 3
  9. Adrian Galea, « Comet Halley in 1910, as Viewed from a Maltese Perspective », Journal of Astronomical History and Heritage 12:2 (2009), p. 167-170 — Journal of Astronomical History and Heritage (NARIT) Niv. 2

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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