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Yōkai

Japon · Moyen Âge–présent

Folklore du monde Esprit critique et perception

Bilan · Tradition culturelle documentée : une catégorie du folklore, pas des êtres observés Dossier approfondi6 min de lecture · rédigé le 19 octobre 2026 · mis à jour le 19 octobre 2026

Kappa des rivières, renards qui prennent forme humaine, ustensiles qui s'animent la nuit : le Japon regroupe sous le nom de yōkai une immense famille d'êtres et de phénomènes étranges. Un institut de recherche public en recense plus de 35 000 mentions. Les yōkai ne sont pas une espèce à découvrir : ce sont des façons de nommer l'inexplicable, que les encyclopédies d'Edo, les savants de l'ère Meiji et les mangas ont classées, combattues, puis réinventées.

Un mot pour l'étrange

Yōkai s'écrit avec deux caractères qui évoquent l'étrange et le mystérieux. Le mot ne désigne pas une créature précise, mais tout ce qui paraît inquiétant ou inexplicable. L'anthropologue Komatsu Kazuhiko, qui a dirigé le centre de recherche Nichibunken, y distingue trois choses : des phénomènes (un bruit dans la nuit, une lueur sur l'eau), des êtres auxquels on les attribue (le kappa, le tengu, le renard métamorphe) et les images qui les représentent.

Cette définition large explique l'immensité du corpus. La base de données publique du Nichibunken, ouverte en 2002, rassemble 35 257 fiches tirées de revues de folklore, d'essais anciens et de récits recueillis auprès d'habitants, de la fin de l'époque d'Edo à aujourd'hui. Le renard (kitsune) y revient à lui seul environ 3 300 fois. Les contes reconnus comme de la fiction, comme les contes populaires, en sont exclus : la base recense ce que des gens ont rapporté comme vécu ou cru.

Classer les monstres

Le folkloriste Michael Dylan Foster montre que les yōkai changent de statut au fil de l'histoire. Entre les années 1660 et 1780, l'histoire naturelle et les encyclopédies se développent au Japon : on collectionne, on nomme, on classe. Les yōkai entrent dans ce mouvement et deviennent une catégorie autonome, que l'on peut inventorier comme des plantes ou des animaux.

Le peintre Toriyama Sekien en est la figure majeure. En 1776, il publie le Gazu hyakki yagyō, un livre d'images où chaque yōkai a son nom, son dessin et une courte légende. Trois autres recueils suivent, dont le Konjaku hyakki shūi en 1781. Ces bestiaires mêlent l'effrayant et le comique, et une grande partie de l'image actuelle des yōkai vient de là. La Library of Congress en conserve une édition de 1805, consultable en ligne.

Le thème du « défilé nocturne des cent démons » est plus ancien : les légendes racontent que des démons et des objets usés devenus vivants défilent la nuit dans les rues de Kyōto jusqu'à l'aube. Un rouleau du XVIe siècle, conservé au temple Shinju-an du Daitoku-ji, en est l'exemple célèbre, et le motif est encore peint à la fin du XIXe siècle, comme sur le rouleau de Tachibana Gadō (1892) du Metropolitan Museum.

La science contre les yōkai

À l'ère Meiji, le Japon s'ouvre aux sciences occidentales et les yōkai deviennent un problème. Le philosophe bouddhiste Inoue Enryō (1858-1919), fondateur en 1887 du Tetsugaku-kan (l'actuelle université Tōyō), leur consacre huit volumes de leçons. Son but est explicite : distinguer les vrais mystères des fausses croyances et éliminer les superstitions pour moderniser le pays.

Foster montre que cette « science des yōkai » n'est pas seulement une démolition. Inoue enquête sur la divination kokkuri, alors à la mode, et l'aborde en rationaliste. Mais l'électricité et le magnétisme, invoqués à l'époque pour expliquer ces phénomènes, deviennent à leur tour une sorte de merveilleux moderne.

Du folklore à la culture populaire

Au XXe siècle, les folkloristes, à commencer par Yanagita Kunio, recueillent les récits des campagnes comme des vestiges d'un monde qui disparaît. Puis, dans les années 1970 et 1980, le mangaka Mizuki Shigeru, auteur de GeGeGe no Kitarō, redonne vie aux yōkai pour un large public. Mizuki, qui avait perdu son bras gauche à Rabaul pendant la Seconde Guerre mondiale, est mort fin novembre 2015 à 93 ans ; sa ville de Sakaiminato compte une rue bordée de plus de cent statues de ses personnages.

Les yōkai continuent de naître. À la fin des années 1970 apparaît la kuchisake-onna, la « femme à la bouche fendue ». Foster y voit un yōkai moderne, révélateur des inquiétudes de son époque sur la place des femmes dans la société.

Ce que les sources permettent de dire

Aucune source ne documente un yōkai comme un être physique observé et vérifié. Les sources documentent autre chose, et de façon très solide : des croyances, des récits de témoins, des images et leur évolution. Les yōkai servent souvent à nommer un danger réel (la noyade, la nuit, la montagne) ou un phénomène mal compris.

Une croyance religieuse ou spirituelle en ces êtres relève de la foi et n'est ni moquée ni présentée comme démontrée ici. Les dossiers de ce site consacrés au tengu et au kappa montrent, sur deux exemples, comment une figure de yōkai naît et se transforme.

Les explications examinées

Retenue
Catégorie culturelle façonnée par la tradition orale, les bestiaires d'Edo et les médias modernes

Histoire documentée par Foster, les éditions de Sekien et la base du Nichibunken.

Plausible
Façon de nommer des dangers ou des phénomènes mal compris (noyade, bruits, lueurs, maladies)

Fréquente dans les récits recueillis ; à vérifier yōkai par yōkai.

Écartée
Êtres physiques réels

Aucune preuve matérielle ; une croyance spirituelle reste hors du champ de la preuve documentaire.

Questions ouvertes

  • Quelle part des 35 257 fiches du Nichibunken décrit une expérience vécue plutôt qu'une rumeur rapportée ?
  • Comment les yōkai nés après 1945, comme la femme à la bouche fendue, se diffusent-ils aujourd'hui en ligne ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Toriyama Sekien, Gazu hyakki yagyō et Konjaku hyakki shūi (éd. de 1805, numérisée) — Library of Congress Niv. 1
  2. Tachibana Gadō, Le Défilé nocturne des cent démons (rouleau, 1892) — The Metropolitan Museum of Art Niv. 3
  3. Kaii-Yōkai Denshō Database : présentation en anglais — Nichibunken (International Research Center for Japanese Studies) Niv. 3
  4. Michael Dylan Foster, Pandemonium and Parade: Japanese Monsters and the Culture of Yōkai (2009) — University of California Press Niv. 2
  5. R. Keller Kimbrough, compte rendu de Pandemonium and Parade, Asian Ethnology 69/1 (2010), p. 176-180 — Asian Ethnology (Nanzan University) Niv. 2
  6. Inoue Enryō (1858-1919) : notice biographique — National Diet Library (portraits de personnalités modernes) Niv. 3
  7. Cartoonist Mizuki, known for GeGeGe no Kitaro comic, dies at 93 — Nichi Bei Weekly (Kyodo News) Niv. 4
  8. GeGeGe no Kitaro creator Shigeru Mizuki passes away — Anime Herald Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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