Tengu
Japon · Moyen Âge–présent
Folklore du monde
Au Japon, le tengu est aujourd'hui un génie des montagnes au long nez rouge, vêtu en moine ascète. Il n'a pas toujours eu cette tête. Le mot désigne d'abord un météore bruyant dans une chronique de 637. Au Moyen Âge, il devient un démon à bec d'oiseau qui égare les moines orgueilleux, puis un protecteur des montagnes. Un rouleau peint de 1296, conservé au Musée national de Tokyo, en fait même une arme de satire contre les grands temples.
D'un météore à un démon
Le mot tengu vient de Chine. Là-bas, tiangou, le « chien céleste », désigne une comète ou un météore, considéré comme un mauvais présage : la traînée lumineuse rappelait la queue d'un chien ou d'un renard. Au Japon, la chronique officielle Nihon shoki emploie ces caractères en 637, quand une grande étoile traverse le ciel d'est en ouest avec un bruit de tonnerre. Le mot est lu amatsukitsune, « renard céleste ». À ce moment, le tengu est un phénomène céleste, pas un être.
Le glissement vers une créature se fait dans les siècles suivants. Dans le Konjaku monogatari shū, un grand recueil de récits compilé au début du XIIe siècle, le livre 20 contient douze histoires de tengu. Ils y ressemblent à des rapaces, comme le milan ou la buse.
Le tengu, ennemi des moines
L'historienne Haruko Wakabayashi montre que, de la fin de l'époque de Heian à la fin de celle de Kamakura (XIIe-XIVe siècles), le tengu devient une figure du mal bouddhique. Il incarne ma, les passions et les obstacles qui empêchent d'atteindre l'éveil. Les moines qui échouent à renaître dans la Terre pure peuvent tomber dans le « monde des tengu » (tengudō), une sorte de faux enfer où ils poursuivent leur pratique sans être sauvés.
Le tengu n'est pas pour autant entièrement mauvais. En 1283, le moine Mujū Ichien distingue déjà, dans son recueil Shasekishū, de bons et de mauvais tengu. Cette ambivalence explique la suite de son histoire.
Une satire peinte en 1296
Le document le plus spectaculaire est le Tengu zōshi, un ensemble de rouleaux peints daté de 1296 par une préface. Il comptait probablement sept rouleaux, aujourd'hui dispersés : le Musée national de Tokyo en conserve plusieurs, dont celui de Tō-ji et Daigo-ji, et d'autres sont dans des collections privées et au musée Nezu. Les rouleaux sont classés biens culturels importants.
L'œuvre représente les moines des grands temples de Nara et du mont Hiei, mais aussi les adeptes des nouvelles écoles de la Terre pure et du zen, sous la forme de sept sortes de tengu. Le rouleau de Tō-ji et Daigo-ji montre ainsi des moines plus attentifs aux jeunes danseurs d'une fête de printemps qu'à leur discipline. Pour Wakabayashi, ce n'est pas une simple caricature : les rouleaux défendent la position du temple Onjō-ji face à son rival Enryaku-ji, dans les querelles qui opposent alors les grands monastères pour obtenir l'appui du pouvoir.
Du démon au protecteur des montagnes
Les dictionnaires japonais décrivent trois grandes étapes dans l'apparence du tengu : un être à bec d'oiseau, puis un moine, enfin un ascète des montagnes habillé comme les yamabushi, les pratiquants du shugendō. Le tengu à bec subsiste sous le nom de karasu-tengu, le « tengu corbeau ». Le grand tengu au long nez rouge, aujourd'hui le plus connu, prend sa forme à l'époque d'Edo ; on rattache souvent son nez aux masques du théâtre ancien gigaku, mais ses origines restent mal établies.
Le tengu devient alors un génie des montagnes, craint mais aussi vénéré. La légende la plus célèbre est celle du mont Kurama, au nord de Kyōto, où un grand tengu aurait enseigné le sabre au jeune Minamoto no Yoshitsune, le futur héros des guerres du XIIe siècle. C'est une légende : nous n'avons trouvé aucune source d'époque qui l'atteste.
Ce que les sources permettent de dire
L'histoire du tengu est l'une des mieux documentées du folklore japonais, parce qu'elle laisse des traces écrites et peintes à chaque étape. Ces sources montrent l'évolution d'une idée : un météore inquiétant, puis une explication des fautes des moines, puis un génie protecteur et une figure de fête.
Elles ne documentent aucun être physique. Pour les fidèles des sanctuaires de montagne, le tengu peut rester une présence spirituelle : cette croyance relève de la foi, hors du champ de la preuve documentaire.
Les explications examinées
Évolution documentée par les textes (Nihon shoki, Konjaku, Shasekishū) et les rouleaux de 1296.
Lien constant avec les montagnes et les ascètes ; difficile à démontrer pour l'origine.
Proposé par les dictionnaires ; les étapes du passage restent mal datées.
Aucune preuve matérielle ; une croyance spirituelle reste hors du champ de la preuve documentaire.
Questions ouvertes
- À quelle date précise apparaît la première image d'un tengu au long nez ?
- Que contenaient les rouleaux du Tengu zōshi aujourd'hui perdus ou connus seulement par des copies ?
Sources
Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.
- Tengu zōshi (rouleau de Tō-ji et Daigo-ji), Musée national de Tokyo — Japan Search / ColBase (Musée national de Tokyo) Niv. 1
- 天狗草紙 (Tengu zōshi) : notices du Nihon kokugo daijiten, de la Nipponica et du Yamakawa Nihonshi shōjiten — Kotobank Niv. 4
- Haruko Wakabayashi, The Seven Tengu Scrolls: Evil and the Rhetoric of Legitimacy in Medieval Japanese Buddhism (2012) — University of Hawai'i Press — Project MUSE Niv. 2
- R. Keller Kimbrough, compte rendu de The Seven Tengu Scrolls, Japanese Journal of Religious Studies 40/2 (2013), p. 404-407 — Nanzan Institute for Religion and Culture Niv. 2
- Haruko Wakabayashi, « The Dharma for Sovereigns and Warriors: Onjō-ji's Claim for Legitimacy in Tengu zōshi », Japanese Journal of Religious Studies 29/1-2 (2002) — Nanzan Institute for Religion and Culture Niv. 2
- « Tengu » : les démons en forme d'oiseaux qui sont devenus quasi divins — Nippon.com (Nippon Communications Foundation) Niv. 4
- 天狗 (tengu) : notices du Nihon kokugo daijiten, du Sekai daihyakka jiten et de la Nipponica — Kotobank Niv. 4
Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.