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Kitsune

Japon · Moyen Âge–présent

Animaux légendaires… et réels Folklore du monde

Bilan · Tradition religieuse et folklorique ; « possession » étudiée par la psychiatrie et l'ethnologie Dossier approfondi7 min de lecture · rédigé le 19 octobre 2026 · mis à jour le 19 octobre 2026

Au Japon, le renard (kitsune) est à la fois un animal des campagnes, le messager de la divinité Inari et un être capable de prendre forme humaine. Le plus ancien conte connu, noté vers l'an 800, raconte un homme qui épouse une femme-renarde. Au Moyen Âge, la renarde à neuf queues Tamamo-no-mae menace un empereur ; au XXe siècle, des psychiatres étudient encore des cas de « possession par le renard ». En 2022, la pierre où l'on disait son esprit enfermé s'est fendue en deux.

La femme qui venait dormir

Le plus ancien conte japonais de renard se trouve dans le Nihon ryōiki, un recueil de récits bouddhiques compilé par le moine Kyōkai vers l'an 800. Il se déroule au VIe siècle, dans la province de Mino. Un homme épouse une femme rencontrée dans un champ ; elle lui donne un fils. Mais un chiot aboie sans cesse contre elle, et un jour, effrayée, elle reprend sa forme de renarde et s'enfuit sur une haie. Le mari lui dit qu'elle peut revenir dormir auprès de lui : kitsu-ne, « viens dormir ». Le conte présente ce jeu de mots comme l'origine du mot kitsune, et l'enfant comme l'ancêtre d'une famille de la région.

Cette étymologie populaire n'a pas de valeur linguistique démontrée, mais le récit pose déjà les traits qui accompagneront le renard pendant plus de mille ans : la métamorphose en femme, le mariage avec un humain, la révélation par un chien, et une séparation douloureuse.

Le messager d'Inari

Le renard est surtout présent au Japon par la religion. Il est le messager d'Inari, divinité du riz et de la prospérité, dont le grand sanctuaire de Fushimi, à Kyoto, a été fondé selon sa tradition en 711. On compte environ 30 000 sanctuaires d'Inari dans le pays, devant lesquels se dressent des statues de renards. Le sanctuaire Shusse Inari insiste sur un point : le renard n'est pas la divinité elle-même, mais son serviteur, même si les fidèles les confondent souvent.

L'anthropologue Karen Smyers a étudié ce culte à Fushimi Inari, sanctuaire shintō, et à Toyokawa Inari, temple bouddhique. Selon le compte rendu de Scott Schnell, elle montre que le renard, actif à l'aube et au crépuscule, symbolise le passage entre deux mondes, et que la métamorphose relève d'un « fantasme culturel ». Les fidèles parlent de « mon Inari » : chacun s'approprie la divinité à sa manière.

Le renard a aussi sa place dans le paysage. Vers 1857, Hiroshige grave une scène célèbre : la veille du Nouvel An, les renards de la région se rassemblent sous un vieil arbre avant d'aller saluer le sanctuaire d'Inari d'Ōji, près d'Edo. Selon la notice du Metropolitan Museum, les paysans comptaient ces « feux de renard » (kitsunebi) pour prédire la récolte de riz de l'année suivante.

Renardes célèbres

Deux renardes dominent la littérature. La première, Tamamo-no-mae, est une renarde à neuf queues qui prend l'apparence d'une femme d'une grande beauté pour nuire à l'empereur Toba, au début du XIIe siècle. Démasquée, elle est tuée, et son esprit se réfugie dans une pierre volcanique de Nasu, au nord de Tokyo : la Sesshō-seki, la « pierre qui tue », dont on disait qu'elle donnait la mort à qui la touchait. Le poète Bashō la mentionne, et elle a inspiré une pièce de nō. Le 5 mars 2022, un passant a signalé sur les réseaux sociaux que la pierre s'était fendue en deux et que la corde qui l'entourait était tombée. L'office de tourisme local a expliqué la fracture par l'eau de pluie qui gèle dans les fissures, déjà signalées des années plus tôt.

La seconde, Kuzunoha, est une renarde bienveillante. Dans la pièce de marionnettes Ashiya Dōman Ōuchi kagami, créée à Ōsaka en 1734, elle prend l'apparence d'une femme, vit avec Abe no Yasuna et lui donne un fils, le futur devin Abe no Seimei. Démasquée, elle doit partir, et écrit sur une cloison un poème d'adieu qui invite son enfant à la chercher dans la forêt de Shinoda. Comme dans le conte du Nihon ryōiki, le mariage entre humain et renard finit par une séparation.

Possession et préjugés

Le renard n'était pas seulement un personnage de contes. Dans de nombreuses régions, on attribuait certaines maladies, en particulier des troubles du comportement, à la possession par un renard : le kitsunetsuki. On faisait alors appel à des rituels pour chasser l'animal. Longtemps considérée comme une simple superstition, cette possession est étudiée par les psychiatres japonais depuis les années 1960.

En 1988, l'ethnologue Eguchi Shigeyuki a publié l'étude de cas observés dans un village de montagne à l'est du lac Biwa. Un jeune homme de 18 ans avait été diagnostiqué comme atteint de psychose atypique ; une femme de 34 ans était tombée malade après un conflit conjugal et, après les rituels, entendait la voix de trois renards. Eguchi relie ces cas aux bouleversements sociaux rapides des années 1950. Les personnes concernées souffraient réellement ; elles exprimaient leur détresse avec le langage de leur village.

La croyance a eu un coût social. Dans certaines régions, notamment le département de Shimane, des familles étaient dites kitsune-mochi, « possesseuses de renards », et soupçonnées d'envoyer leurs renards nuire aux voisins. Le psychologue Nomura Akira a étudié en 1957 ces familles comme un groupe minoritaire victime de préjugés, puis en 1966 l'évolution de ces préjugés.

Ce que les sources permettent de dire

Aucune observation vérifiable n'a jamais montré un renard capable de changer de forme ou de posséder un humain. Ce que les sources documentent, c'est une figure religieuse et littéraire riche, construite autour d'un animal réel, et l'usage de cette figure pour donner un sens à la maladie, au malheur et à la différence sociale.

Pour les fidèles d'Inari, la présence des renards messagers relève de la foi et reste hors du champ de la preuve.

Les explications examinées

Retenue
Figure religieuse et folklorique construite autour d'un animal réel

Textes anciens, culte d'Inari, études de Smyers.

Retenue
Possession expliquée par des troubles psychiques exprimés dans le langage local

Études psychiatriques et ethnologiques (Eguchi, 1988).

Retenue
Fracture de la Sesshō-seki due à l'érosion naturelle (eau, gel)

Fissures signalées auparavant ; explication de l'office de tourisme de Nasu.

Écartée
Renards dotés de pouvoirs surnaturels

Aucune observation vérifiable.

Questions ouvertes

  • Les préjugés contre les familles kitsune-mochi ont-ils été étudiés après les années 1960 ?
  • La pierre de Nasu sera-t-elle restaurée ou laissée en l'état ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. « Come and sleep » : conte du Nihon ryōiki (I, 2), compilé par le moine Kyōkai vers l'an 800 — Japanese foxtales — bibliographie annotée (Issendai) Niv. 1
  2. Scott Schnell, compte rendu de Karen Smyers, The Fox and the Jewel (University of Hawai'i Press, 1999), Japanese Journal of Religious Studies 27/1-2, p. 120-123 — Nanzan Institute for Religion and Culture Niv. 2
  3. Monika Wacker, compte rendu de Karen Smyers, The Fox and the Jewel — Asian Ethnology Niv. 2
  4. Eguchi Shigeyuki, « Fox possession (kitsunetsuki) in a mountain village east of Lake Biwa », Bulletin du Musée national d'ethnologie 12(4), p. 1113-1179, 26 mars 1988 — Musée national d'ethnologie (Minpaku) Niv. 2
  5. Inari and kitsune — Shusse Inari Shrine of America Niv. 3
  6. Justin McCurry, « Japan's "killing stone" splits in two, releasing superstitions amid the sulphur springs » (The Guardian, 7 mars 2022, reprise par Yahoo News) — The Guardian / Yahoo News Niv. 4
  7. Dieynaba Young, « Ancient Japanese Stone Said to Contain "Demon" Cracks Open » (15 mars 2022) — Smithsonian Magazine Niv. 4
  8. Utagawa Hiroshige, Feux de renard la veille du Nouvel An sous l'arbre aux costumes, à Ōji (Cent vues célèbres d'Edo, vers 1857, inv. JP1470) — Metropolitan Museum of Art Niv. 1
  9. Fushimi Inari Taisha (site officiel) — Fushimi Inari Taisha Niv. 3
  10. Ashiya Dōman Ōuchi kagami (Takeda Izumo, 1734) — Kabuki21 (base de référence sur le kabuki) Niv. 3
  11. Nomura Akira, « Approche psychosociale d'un groupe minoritaire : le phénomène superstitieux des kitsune-mochi », Shimane University Journal (Education Science) 7 (1957), p. 43-58 — Université de Shimane (dépôt institutionnel) Niv. 2

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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