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Manananggal

Philippines · Époque moderne

Folklore du monde Esprit critique et perception

Bilan · Figure de récits et de croyances ; aucune observation vérifiable Dossier approfondi8 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Le jour, une femme ordinaire. La nuit, son buste se détache de ses jambes, des ailes lui poussent et elle s'envole à la recherche des femmes enceintes. La manananggal est la figure la plus spectaculaire de la grande famille des aswang. On la combat en salant ou en cendrant la moitié du corps restée au sol. Elle apparaît dans un texte espagnol de 1589, a donné son titre à un film dès 1927, et en 2026 elle a pris la voix de Lea Salonga dans un film d'animation américain.

Une femme coupée en deux

La manananggal est l'image la plus frappante de la croyance aux aswang. Le jour, c'est souvent une belle femme, sans rien de suspect. La nuit, elle se sépare en deux : son buste s'envole, et ses jambes restent sur place, cachées sous les draps, dans un placard ou au milieu des bananiers. Selon les récits, le haut du corps est porté par ses longs cheveux ou par magie, ou bien ses bras deviennent des ailes après qu'elle s'est enduit les aisselles d'une huile malfaisante.

Elle chasse surtout les femmes enceintes et les malades. Elle passe une langue creuse et très fine entre les feuilles de palme du toit, et aspire les fœtus, les viscères ou les glaires. Les chercheurs l'appellent pour cette raison le « mangeur de viscères » (viscera-sucker).

Le nom est généralement rattaché au verbe tagalog tanggal, « détacher, enlever ». Nous n'avons pas trouvé de source savante qui détaille cette étymologie, même si elle se lit déjà dans le nom du magtatangal décrit en 1589.

Un type d'aswang, pas un synonyme

On confond souvent manananggal et aswang. Pour les folkloristes, aswang est le terme général. Dans le classement de Maximo Ramos, repris en 1983 par l'anthropologue Raul Pertierra, la manananggal correspond au « mangeur de viscères », à côté du vampire, de l'homme-chien, de la goule et de la sorcière.

Les mots changent aussi selon les langues. Pertierra signale que mananangal et mandurugo sont surtout employés par les locuteurs tagalogs et bicolanos, tandis que les Visayas parlent de mansaluan, de wakwak ou d'ongo. La chercheuse Hope Sabanpan-Yu, de l'université de San Carlos à Cebu, décrit la manananggal comme le type d'aswang le plus redouté des communautés chrétiennes des plaines, en particulier aux Visayas et dans la région de Bicol. Pertierra note que ces femmes-aswang sont plus fréquentes dans les récits du centre des Visayas et du Bicol que dans les Ilocos.

Les descriptions varient aussi d'un récit à l'autre. Selon Pertierra, le buste volant peut prendre l'apparence d'un oiseau, d'une chauve-souris ou d'un insecte, et il entre dans les maisons par les fentes du toit ou du plancher. Pour lui, tous ces êtres ont un point commun : ils refusent la réciprocité et l'échange qui fondent la vie du village. « En fin de compte, écrit-il, on craint les asuang parce qu'ils nient ce qui est perçu comme le fondement de l'ordre. » La manananggal, qui vit parmi les siens le jour et les dévore la nuit, en est l'exemple le plus net.

Ce qu'en écrivait un missionnaire en 1589

Le franciscain Juan de Plasencia, dans sa relation de 1589 sur les coutumes des Tagalogs, énumère les spécialistes religieux et les sorciers des îles. Le septième s'appelait magtatangal : il se montrait la nuit à beaucoup de gens « sans sa tête ni ses entrailles », portait sa tête en différents lieux et, le matin, la remettait sur son corps, « restant vivant comme avant ». Plasencia écrit : « Cela me semble être une fable, bien que les indigènes affirment l'avoir vu. » Il situe ce personnage dans l'île de Catanduanes.

Dans la même liste, il décrit le silagan, qui arrachait le foie des gens vêtus de blanc, et l'osuang des Visayas, qu'on disait voler et manger la chair humaine. Le magtatangal de Plasencia n'est pas encore la manananggal moderne : il perd sa tête, et non le bas de son corps. Mais l'idée d'un être qui se démonte la nuit et se reconstitue le matin est déjà là, plus de trois siècles avant les enquêtes des folkloristes.

Le sel, la cendre et l'ail

La moitié inférieure est le point faible de la créature. Dans le récit modèle étudié par Sabanpan-Yu, la légende « La sorcière de Tawas » publiée par la folkloriste Damiana Eugenio, c'est souvent le nouveau mari qui découvre les jambes abandonnées. Il les frotte avec de la cendre, du sel, du vinaigre, du jus de citron ou de l'ail. Le buste ne peut plus s'y rattacher, et la manananggal meurt séparée en deux.

Ces gestes appartiennent à un ensemble plus large de protections contre l'asuang : sel et épices, objets en métal, cendre, objets bénis, vinaigre, lumières allumées pendant les accouchements. La croyance voyage avec les migrants. Les archives de folklore de l'université de Californie du Sud conservent le récit d'un Philippin installé dans le Dakota du Sud : la manananggal y vole de village en village à la recherche des femmes enceintes, et l'on ne peut la tuer qu'en mettant du sel dans la moitié du corps restée au sol.

Ce que la figure dit des femmes

Plusieurs chercheurs lisent la manananggal comme un discours sur les femmes. Pour Pertierra, les formes les plus dangereuses de l'asuang sont de belles femmes qui attaquent les femmes en couches. Il y voit le reflet d'une société où la vie des femmes hors du foyer est vue avec méfiance, et où les sages-femmes sont parfois soupçonnées de provoquer des fausses couches.

La folkloriste Herminia Meñez, dans Explorations in Philippine Folklore (1996), va plus loin. Selon la lecture qu'en fait Sabanpan-Yu, la manananggal est l'envers exact des valeurs familiales : elle n'a aucun respect pour la parenté et déteste la vie collective. Meñez y voit l'aboutissement d'« un processus qui a privé de leurs droits les femmes philippines les plus puissantes », les babaylanes, prêtresses et guérisseuses que les religieux espagnols dénonçaient comme impudiques. « Le pouvoir de la babaylan a peu à peu été retourné en celui de la manananggal. » C'est une hypothèse d'interprétation, pas un fait établi, mais elle est prise au sérieux par les études philippines.

Du cinéma muet à DreamWorks

La manananggal est l'une des plus anciennes vedettes du cinéma philippin. En 1927, José Nepomuceno réalise Ang Manananggal, que les chercheurs Katrina Ross Tan et Laurence Marvin Castillo citent comme point de départ de la longue popularité du film d'horreur aux Philippines.

En 2026, la figure passe à l'animation internationale. Forgotten Island, film de DreamWorks écrit et réalisé par Joel Crawford et Januel Mercado, se déroule sur une île nommée Nakali, peuplée de créatures inspirées du folklore philippin. Il sort aux États-Unis le 25 septembre 2026. La manananggal y est doublée par la chanteuse et actrice philippine Lea Salonga, et le journal The National la présente comme « l'une des créatures surnaturelles les plus reconnaissables du folklore philippin ».

Ce que les sources permettent de dire

Aucune manananggal n'a jamais été observée de manière vérifiable. La croyance se situe hors du champ de la preuve, et elle reste vivante pour beaucoup de Philippins. Les sources documentent un motif ancien, déjà noté en 1589, des gestes de protection précis, et une forte charge symbolique autour de la grossesse et de la place des femmes.

Elles montrent aussi que la manananggal est un type d'aswang parmi d'autres, dont le nom et les traits varient d'une langue et d'une île à l'autre.

Les explications examinées

Retenue
Figure de croyance qui exprime les peurs liées à la grossesse, à la naissance et à la mort des nourrissons

Lien constant avec les femmes enceintes dans toutes nos sources, de Plasencia aux enquêtes modernes.

Débattue
Retournement colonial de la figure de la babaylan en monstre féminin

Hypothèse de Herminia Meñez, reprise par Sabanpan-Yu ; interprétation et non fait établi.

Plausible
Instrument de soupçon contre certaines femmes (veuves, sages-femmes)

Décrit par Pertierra ; l'ampleur des accusations n'est pas mesurée.

Écartée
Existence réelle d'êtres capables de se couper en deux et de voler

Impossible anatomiquement ; aucun cas vérifié.

Questions ouvertes

  • Quand le magtatangal sans tête de 1589 est-il devenu la manananggal coupée à la taille ?
  • Comment les récits sur la manananggal ont-ils évolué chez les Philippins de la diaspora ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Juan de Plasencia, « Customs of the Tagalogs » (1589), dans E. H. Blair et J. A. Robertson éd., The Philippine Islands, 1493-1803, vol. 7 (1903), page de scan 197 — Wikisource Niv. 1
  2. Juan de Plasencia, « Customs of the Tagalogs » (1589), même volume, page de scan 198 — Wikisource Niv. 1
  3. « The Manananggal of the Philippines », récit recueilli auprès d'un informateur philippin — University of Southern California, USC Digital Folklore Archives Niv. 3
  4. Raul Pertierra, « Viscera-Suckers and Female Sociality: The Philippine Asuang », Philippine Studies 31:3 (1983), p. 319-337 — Ateneo de Manila University (Archium) Niv. 2
  5. Hope Sabanpan-Yu, « Performing the Body in Filipino Narratives: The Manananggal (Viscera Sucker) in Colonial Literature », UNITAS 90:1 (2017), p. 81-97 — University of Santo Tomas Niv. 2
  6. Katrina Ross A. Tan et Laurence Marvin S. Castillo, « Urban Anxieties in Davao Horror Short Films », Humanities Diliman 16:1 (2019), p. 1-23 — University of the Philippines Diliman Niv. 2
  7. David Tusing, « What is Forgotten Island, DreamWorks' Filipino folklore film… ? », 23 septembre 2026 — The National Niv. 4
  8. Judy Arias, « DreamWorks' Forgotten Island has folklore, friendship, and a soundtrack stacked with Filipino talent », 22 juin 2026 — The Post (Philippines) Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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