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AX-035 · folklore

Banshee

Irlande;Écosse · Moyen Âge–présent

Folklore du monde Esprit critique et perception

Bilan · Croyance populaire largement documentée ; l'existence d'un être réel reste hors du champ de la preuve Dossier approfondi9 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

La nuit, près de la maison, une femme pleure ou crie : dans la tradition irlandaise, c'est la banshee, la bean sí, qui annonce qu'un membre de la famille va mourir. On la décrit tantôt jeune et belle, tantôt vieille, les cheveux défaits, assise à peigner sa chevelure. Sa plainte ressemble à celle des pleureuses qui chantaient autrefois aux veillées funèbres. La folkloriste Patricia Lysaght lui a consacré en 1986 l'étude de référence, fondée sur des milliers de récits collectés en Irlande.

Une femme qui pleure avant la mort

Dans les campagnes d'Irlande, on raconte depuis longtemps qu'une voix de femme se fait entendre la nuit, près d'une maison, peu avant qu'un de ses habitants ne meure. Cette voix est celle de la banshee. Le mot anglais vient de l'irlandais bean sí, que l'on traduit par « femme de l'autre monde » ou « femme des fées ». Le sí désigne le monde surnaturel, celui des tertres et des êtres invisibles. En gaélique d'Écosse, on écrit ban sith.

La banshee ne tue pas. Elle annonce. Sa plainte, entendue par un proche, signifie qu'un membre de la famille va mourir, qu'il soit à la maison ou loin d'elle. L'Encyclopedia of Death and the Human Experience souligne que la croyance est ancienne, qu'elle apparaît déjà dans la littérature en langue irlandaise et qu'elle s'est maintenue dans la poésie et la prose des siècles suivants.

Ce dossier ne cherche pas à savoir si la banshee existe. Il décrit ce que disent les récits, d'où ils viennent et comment les chercheurs les ont étudiés.

À quoi ressemble-t-elle ?

Les descriptions varient. Dans un article publié par la radio-télévision publique RTÉ, la chercheuse Marion McGarry résume l'image la plus répandue : une vieille femme solitaire, enveloppée d'un manteau, aux longs cheveux blancs ou gris laissés libres. On la voit souvent se peigner, un peu comme une sirène. D'où un conseil souvent répété : ne jamais ramasser un peigne trouvé par terre, car il pourrait lui appartenir.

Au XIXe siècle, Lady Wilde, mère d'Oscar Wilde, en donne une autre image dans son recueil de légendes irlandaises. Pour elle, la banshee est « la plus étrange et la plus terrible de toutes les puissances féeriques ». Elle peut prendre la forme d'une jeune fille de la famille morte jeune, qui chante d'une voix douce. Elle peut aussi apparaître comme une femme voilée, accroupie sous les arbres, ou passer en volant au clair de lune. Son cri est, écrit-elle, « plus triste que tous les autres sons de la terre ».

La présentation de l'éditeur de l'étude de Patricia Lysaght montre que la tradition ne se limite pas à la voix. Le livre consacre des chapitres aux manifestations sonores et visuelles, et aux légendes dites « d'interférence », celles où un humain entre en contact avec la banshee : la légende du peigne, celle de la chemise et celle de la marque de main.

Les familles qu'elle suit

Selon la tradition, la banshee ne pleure pas pour tout le monde. L'Encyclopaedia Britannica rapporte qu'on la croyait attachée aux familles d'ascendance irlandaise ancienne. On dit souvent qu'elle ne suit que les vieux noms précédés de O', Mc ou Mac. McGarry rappelle pourtant que beaucoup de personnes sans ces noms ont affirmé l'avoir entendue. Lady Wilde parle simplement de « certaines familles d'ancienne lignée », et aussi de personnes douées pour la musique et le chant.

La banshee voyage aussi. Lady Wilde écrit qu'elle « suit la vieille race par-delà l'océan ». Elle raconte l'histoire d'une branche des O'Grady installée au Canada : le cri se fait entendre près de la maison, puis le père et le fils se noient quand leur bateau se retourne. McGarry note que des émigrés irlandais ont dit l'avoir entendue à l'étranger avant la mort d'un parent resté en Irlande.

Les élites l'ont aussi adoptée. En 1800, dans son roman Castle Rackrent, Maria Edgeworth présente la banshee comme un attribut des anciennes familles aristocratiques, tout en notant que les paysans y croyaient encore. Selon McGarry, Lady Wilde et Charlotte Stoker, la mère de Bram Stoker, ont chacune affirmé l'avoir entendue avant un deuil dans leur famille. Ces témoignages restent personnels et invérifiables.

La voix des pleureuses

La plainte de la banshee rappelle un usage bien réel : le caoineadh, ou keening, la lamentation chantée pour les morts. Les chercheurs y voient un moment central des funérailles irlandaises, comme le rappelle l'article d'Adão Lopes da Fonseca, qui s'appuie sur les travaux de Lysaght, d'Angela Bourke et de Seán Ó Coileáin. Lysaght a elle-même publié en 1997, dans la revue Folklore, une étude sur la lamentation pour les morts en Irlande.

Selon McGarry, des pleureuses étaient payées pour chanter aux veillées et aux enterrements. Elles portaient les cheveux défaits et marchaient souvent pieds nus, en signe de douleur. Elles ne chantaient qu'aux funérailles, car le faire ailleurs passait pour inconvenant et porteur de malheur. On les appelait parfois bean chaointe, « femme qui pleure ». Ce métier a disparu vers le milieu du XXe siècle, et peu d'enregistrements en subsistent.

Le rapprochement entre les deux figures est ancien. McGarry rapporte que Lysaght a envisagé qu'une femme ayant été pleureuse de son vivant puisse, après sa mort, devenir une banshee. La chevelure défaite, la plainte et le lien avec une famille précise se retrouvent chez l'une et chez l'autre.

En Écosse, la laveuse

L'Écosse gaélique connaît une croyance proche. La Britannica rappelle que Walter Scott, dans ses Letters on Demonology and Witchcraft de 1830, signalait un esprit semblable attaché à certaines familles des Highlands.

On y connaît aussi la bean nighe, la « laveuse », une figure voisine. Les carnets du folkloriste Alexander Carmichael, conservés à l'université d'Édimbourg, en gardent des récits. En 1891, il note à Lewis l'histoire d'Iain Bàn Tàillear, qui rencontre une laveuse près d'un petit lac. Elle lui dit qu'elle lave les chemises de ceux qui se noieront dans l'année à North Tolsta ; un équipage de pêcheurs meurt en effet au retour de Wick. Un autre récit, noté en 1871 à Skye, raconte un homme à qui une bean nighe donne une perle porte-bonheur. La laveuse n'est pas la banshee, mais elle partage avec elle le rôle de messagère de la mort.

Recueillir des milliers de récits

Si l'on connaît si bien la banshee, c'est grâce aux grandes collectes du XXe siècle. L'Irish Folklore Commission et les institutions qui lui ont succédé ont réuni une masse considérable de traditions orales. En 1937, avec le ministère de l'Éducation, la Commission lance la collecte des écoles. Selon le Smithsonian, environ 50 000 enfants de près de 5 000 écoles, dans les vingt-six comtés de l'État irlandais, interrogent leurs parents et leurs voisins. Le résultat compte près de 750 000 pages, reliées en 1 128 volumes et conservées à la National Folklore Collection de l'University College Dublin. Depuis 2012, le projet Dúchas les met en ligne.

C'est sur ces archives, et sur ses propres enquêtes de terrain, que Patricia Lysaght a fondé sa thèse, soutenue à l'University College Dublin en 1982, puis son livre de 1986, qui compte 433 pages. Professeure émérite d'ethnologie européenne dans cette université, elle y analyse les noms, les origines, les familles liées à la banshee et les personnes qui disent l'avoir entendue. Une édition mise à jour a paru aux University of Exeter Press. Selon l'éditeur, ses enquêtes montrent que la croyance a survécu jusqu'au XXIe siècle, en changeant de forme.

McGarry décrit ce déclin et cette survie. Dans son enfance, dans les années 1980, on parlait encore souvent d'une banshee entendue avant un décès, presque toujours par « l'ami d'un ami ». Elle attribue en partie le recul de la croyance à l'électrification des campagnes et au rejet des croyances anciennes, jugées liées à la pauvreté.

Ce que les sources permettent de dire

Les sources documentent une croyance largement répandue en Irlande, ancienne, liée aux rites du deuil et au sentiment d'appartenir à une lignée. Pour Lysaght, citée par McGarry, entendre la banshee crée un lien entre les générations : c'est « l'un des vôtres » qui vient chercher le mourant.

Aucune observation vérifiable n'a jamais établi l'existence d'un être correspondant à la banshee. Les récits rapportent des sons entendus la nuit, souvent après coup, une fois le décès connu. Pour ceux qui y croient, la présence de la banshee relève de l'expérience personnelle et de la foi, et reste hors du champ de la preuve.

Les explications examinées

Retenue
Croyance populaire liée aux rites du deuil et à la lamentation (caoineadh)

Lien décrit par Lysaght et par les études sur la lamentation ; corpus oral considérable.

Plausible
Récit qui renforce le sentiment d'appartenir à une lignée ancienne

Cohérent avec la tradition des familles « en O' et en Mac » ; difficile à démontrer pour chaque récit.

Débattue
Sons nocturnes réels (renard, chouette effraie, vent) interprétés après un décès

Explication souvent avancée ; non étudiée dans les sources consultées.

Débattue
Souvenir des pleureuses professionnelles transformées en figure surnaturelle

Hypothèse évoquée par Lysaght selon McGarry ; impossible à prouver.

Écartée
Être surnaturel réel annonçant la mort

Aucune observation vérifiable ; hors du champ de la preuve.

Questions ouvertes

  • Combien de récits sur la banshee contient la collecte des écoles de 1937-1939, et comment se répartissent-ils selon les comtés ?
  • Quand et comment la banshee a-t-elle été associée aux familles « en O' et en Mac » ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Lady Wilde, « The Banshee », dans Ancient Legends, Mystic Charms, and Superstitions of Ireland — Internet Sacred Text Archive Niv. 1
  2. Patricia Lysaght, The Banshee: The Irish Supernatural Death-Messenger, Dublin, Glendale Press, 1986 (notice de catalogue) — National Library of Ireland Niv. 3
  3. Patricia Lysaght, The Banshee: The Irish Supernatural Death-Messenger, édition mise à jour (présentation de l'éditeur) — University of Exeter Press Niv. 3
  4. « Banshee », dans Clifton D. Bryant et Dennis L. Peck (dir.), Encyclopedia of Death and the Human Experience (2009) — SAGE Publications Niv. 2
  5. Banshee — Encyclopaedia Britannica Niv. 3
  6. Story entitled 'A Bhean Nighe' about a fairy washer-woman, 1891 (carnet d'Alexander Carmichael, Coll-97/CW108/146) — University of Edinburgh, Heritage Collections Niv. 3
  7. Joelle Jackson, article sur la collecte des écoles irlandaises des années 1930 et le projet Dúchas (17 août 2021) — Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage Niv. 3
  8. Marion McGarry, « Do you believe in the banshee? » (RTÉ Brainstorm, 2025) — RTÉ Niv. 4
  9. Adão Lopes da Fonseca, « Echoes of the Banshee in Doireann Ní Ghríofa's A Ghost in the Throat », ABEI Journal 28/1 (2026), p. 49-61 — Universidade de São Paulo Niv. 2

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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