← Tous les dossiers

AX-047 · experience

Expériences hors du corps revendiquées

Monde · Antiquité–présent

Esprit critique et perception

Bilan · Vécu réel et fréquent, reproduit en laboratoire ; aucune perception à distance démontrée Dossier approfondi8 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Flotter au-dessus de son lit et voir son propre corps d'en haut : c'est ce que décrivent les personnes qui racontent une « expérience hors du corps ». Le phénomène est fréquent dans les témoignages et il a été étudié en laboratoire depuis les années 1960. Les neurologues savent aujourd'hui en provoquer des formes proches, par stimulation du cerveau ou par une simple illusion visuelle. En revanche, aucune expérience contrôlée n'a montré qu'une personne pouvait vraiment voir quelque chose depuis un point situé hors de son corps.

Voir son corps d'en haut

Une expérience hors du corps, ou EHC, est l'impression d'avoir quitté son corps et de le voir de l'extérieur. Les personnes qui la racontent disent souvent flotter près du plafond. Elles décrivent la pièce et parfois leur propre corps couché en dessous. L'épisode est en général bref. Il survient pendant le sommeil, à l'endormissement, lors d'un accident, d'une anesthésie ou d'un arrêt cardiaque.

L'expérience est loin d'être rare. Selon la Psi Encyclopedia de la Society for Psychical Research, huit enquêtes menées sur des échantillons aléatoires donnent de 6 % à 14 % de réponses positives, avec une moyenne de 9,3 %. L'encyclopédie prévient que ces enquêtes posaient des questions différentes et n'étaient pas suivies d'entretiens. Il faut donc lire ces chiffres comme des ordres de grandeur.

Les premières enquêtes : Celia Green

La chercheuse britannique Celia Green a été l'une des premières à rassembler ces récits de façon systématique. En 1961, elle fonde à Oxford l'Institute of Psychophysical Research. En 1968, elle publie Out-of-the-Body Experiences, un livre fondé sur des témoignages écrits.

Dans son enquête, 82 % des répondants disent avoir vu leur propre corps, et la vue est le sens le plus souvent cité. Green compare aussi ces expériences aux rêves lucides, ces rêves où l'on sait que l'on rêve. Elle juge les deux difficiles à distinguer sur le plan philosophique. Ses travaux décrivent bien ce que vivent les gens, mais ils reposent sur des récits volontaires. Ils ne permettent pas de vérifier ce que les témoins disent avoir vu.

Le nombre sur l'étagère : l'expérience de Tart

En 1968, le psychologue américain Charles Tart publie une étude menée avec une jeune femme qui disait quitter souvent son corps pendant son sommeil. Elle est restée connue sous le nom de « Miss Z ». Pendant quatre nuits, elle a dormi au laboratoire, reliée à un électroencéphalogramme. Un nombre de cinq chiffres, tiré au hasard, était posé sur une étagère placée hors de sa portée. La dernière nuit, elle a signalé une sortie du corps et a donné le bon nombre.

Des années plus tard, Tart a lui-même précisé la portée de son travail. Il rappelle que la jeune femme présentait un tracé cérébral qu'il n'avait jamais vu en tant que chercheur sur le sommeil. Il estime à une sur 100 000 la probabilité de trouver le nombre par hasard. Mais il ajoute que le but était de montrer que l'on pouvait étudier les EHC en laboratoire, et non d'établir de façon définitive leur nature.

L'expérience reste un cas isolé : un seul sujet et une seule réussite, sans réplication connue dans nos sources. Des critiques sur les conditions de contrôle sont souvent citées, mais nous n'avons pas pu les vérifier dans une source fiable. Nous ne les reprenons donc pas ici.

Ce que montre le cerveau

En 2002, l'équipe du neurologue Olaf Blanke, à Genève, publie dans Nature un cas étonnant. Une patiente est examinée avant une opération contre l'épilepsie. Lorsque les médecins stimulent par un courant électrique son gyrus angulaire droit, une zone située à l'arrière du cerveau, elle vit à plusieurs reprises une expérience hors du corps. La stimulation provoque aussi des illusions sur la forme de ses bras et de ses jambes, et une impression de déplacement de tout le corps. Les auteurs proposent que l'EHC traduise un échec du cerveau à intégrer les informations venues du corps et de l'oreille interne, siège de l'équilibre.

En 2004, Blanke et ses collègues étudient six patients neurologiques qui ont vécu ce type d'expérience. Chez cinq d'entre eux, la lésion ou le trouble touche la jonction temporo-pariétale, au carrefour de plusieurs zones qui traitent les sensations du corps. Les auteurs décrivent ces épisodes comme des troubles passagers de la perception du corps. Ils les rapprochent de l'autoscopie, le fait de voir son double dans l'espace autour de soi.

L'étude distingue plusieurs formes. Dans l'EHC, la personne a l'impression de se trouver hors de son corps et de le voir d'en haut. Dans l'autoscopie, elle reste dans son corps et voit un double en face d'elle. Une forme intermédiaire, l'héautoscopie, fait alterner les deux points de vue, si bien que la personne ne sait plus très bien dans quel corps elle se trouve. Pour les auteurs, ces trois expériences relèvent d'une même famille de troubles.

Une illusion chez des volontaires sains

En 2007, le neuroscientifique Henrik Ehrsson publie dans Science une expérience simple. Des volontaires en bonne santé portent des lunettes vidéo reliées à deux caméras placées 2 mètres derrière eux. Ils voient donc leur propre dos, comme s'ils étaient assis derrière eux-mêmes. L'expérimentateur touche leur vraie poitrine avec une baguette, hors de leur vue, et fait en même temps le geste de toucher un corps fictif sous les caméras.

Quand les deux gestes sont synchrones, les volontaires disent se sentir situés derrière leur corps. Pour mesurer cette impression, Ehrsson fait mine de frapper le corps fictif avec un marteau. Les participants savaient qu'ils ne seraient jamais touchés. Pourtant, leur peau réagit plus fort, par une légère transpiration, quand l'illusion est active que dans les conditions de contrôle. Trois séries d'essais ont réuni 18, 12 et 11 participants.

Ces travaux ne disent pas que toutes les EHC ont la même cause. Ils montrent que le sentiment d'être « dans » son corps est construit par le cerveau à partir de la vue, du toucher et de l'équilibre, et qu'on peut le déplacer.

L'étude AWARE : des images cachées au plafond

Reste la question décisive : une personne en EHC voit-elle réellement ce qui se passe ? L'étude AWARE, dirigée par le médecin Sam Parnia et publiée en 2014, a tenté d'y répondre. Elle a suivi pendant quatre ans 2 060 arrêts cardiaques dans 15 hôpitaux du Royaume-Uni, des États-Unis et d'Autriche. Sur 140 survivants interrogés, 46 % rapportent des souvenirs, 9 % une expérience de mort imminente et 2 % un souvenir explicite d'avoir vu et entendu leur réanimation.

Pour tester ces récits, chaque hôpital avait installé de 50 à 100 étagères en hauteur, chacune portant une image tournée vers le plafond, visible seulement d'en haut. Selon la Psi Encyclopedia, jusqu'à 78 % des arrêts ont eu lieu dans des pièces sans étagère. Aucun patient n'a identifié d'image. Un seul cas a pu être confronté aux faits : un homme de 57 ans a décrit des sons et des personnes présentes, et le dossier médical confirme certains détails. Son arrêt a eu lieu dans une pièce sans étagère. Sam Parnia a déclaré que ces récits ne pouvaient être ni prouvés ni écartés.

Une seconde étude, AWARE II, a porté sur 567 patients dans 25 sites. Sur 28 survivants interrogés, aucun n'a identifié les images ou les sons placés pour le test.

Ce que les sources permettent de dire

L'expérience hors du corps est un vécu réel, fréquent et sincère. Les neurosciences en ont identifié plusieurs mécanismes et savent en produire des formes proches. Les tests de perception à distance, de Tart à AWARE II, n'ont donné aucun résultat reproductible. La croyance qu'une part de la personne quitte vraiment le corps reste hors du champ de la preuve : les études actuelles ne la confirment pas, mais elles ne peuvent pas non plus l'exclure.

Les explications examinées

Retenue
Trouble de l'intégration des sensations du corps (jonction temporo-pariétale, système de l'équilibre)

Stimulation de 2002, cas neurologiques de 2004, illusion induite de 2007.

Plausible
Phénomène proche du rêve lucide ou de l'endormissement

Rapprochement fait par Celia Green ; ne rend pas compte des cas en état de veille.

Plausible
Souvenirs reconstruits après coup à partir de ce qui a été entendu ou imaginé

Compatible avec les cas de réanimation ; difficile à tester cas par cas.

Débattue
Perception réelle depuis un point extérieur au corps

Un résultat isolé en 1968 ; aucune image cachée identifiée dans AWARE et AWARE II.

Questions ouvertes

  • Une étude avec des cibles cachées dans toutes les salles de réanimation donnerait-elle un résultat plus net ?
  • Les EHC spontanées et les illusions induites en laboratoire relèvent-elles du même mécanisme ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Olaf Blanke, Stéphanie Ortigue, Theodor Landis et Margitta Seeck, « Stimulating illusory own-body perceptions », Nature 419 (2002), p. 269-270 — EPFL Infoscience Niv. 2
  2. Olaf Blanke, Theodor Landis, Laurent Spinelli et Margitta Seeck, « Out-of-body experience and autoscopy of neurological origin », Brain 127 (2004), p. 243-258 — RERO DOC (Université de Genève) Niv. 2
  3. H. Henrik Ehrsson, « The Experimental Induction of Out-of-Body Experiences », Science 317 (2007), p. 1048, avec matériel complémentaire — Karolinska Institutet Niv. 2
  4. Sam Parnia et al., « AWARE: AWAreness during REsuscitation. A prospective study », Resuscitation 85 (2014), p. 1799-1805 — University of Hertfordshire Niv. 2
  5. « Results of world's largest Near Death Experiences study published » (communiqué, 7 octobre 2014) — ScienceDaily Niv. 4
  6. « AWARE NDE Studies » — Society for Psychical Research, Psi Encyclopedia Niv. 3
  7. « Out-of-Body Experience » — Society for Psychical Research, Psi Encyclopedia Niv. 3
  8. Charles T. Tart, « Tart answers Andersen » (réponse de Tart à Kurt Andersen sur son expérience de 1968) — Fearless Books Niv. 1
  9. « Celia Green » — Society for Psychical Research, Psi Encyclopedia Niv. 3

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

Ouvrir dans l'observatoire interactif →