Miracles de guérison
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Un malade se relève après une prière, un pèlerinage ou l'imposition des mains : les récits de guérison miraculeuse existent dans presque toutes les religions. Certaines institutions ont cherché à les trier avec méthode, comme l'Église catholique depuis le XVIIIe siècle et le Bureau médical de Lourdes depuis 1883. D'autres cas ont été démasqués, comme celui du télévangéliste Peter Popoff en 1986. Ce dossier ne juge pas la foi : il regarde comment on examine une guérison, et ce que la médecine sait des rémissions inattendues.
Un récit universel
Les récits de guérison miraculeuse traversent les siècles et les religions. On les trouve dans les sanctuaires chrétiens, auprès des tombeaux de saints, dans les grands rassemblements de prière ou dans les gestes d'un guérisseur. Pour le croyant, la guérison est un signe. Pour le médecin, c'est d'abord un dossier : quelle maladie, quel diagnostic, quels traitements, quel suivi.
Ce dossier ne cherche pas à dire si Dieu agit ou non. Cette question reste hors du champ de la preuve. Il s'intéresse à ce qui peut être vérifié : la manière dont les institutions religieuses examinent les guérisons, ce que la médecine sait des guérisons inattendues, et les cas où l'on a pu démontrer une tromperie.
Lambertini, le juriste des miracles
Au XVIIIe siècle, l'Église catholique a besoin de règles pour juger les miracles présentés dans les causes de béatification. Prosper Lambertini, futur pape Benoît XIV, publie à Bologne entre 1734 et 1738 un grand traité, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione. Il le révise en 1743, puis en publie une troisième édition à Rome au milieu du siècle. Un exemplaire de l'édition de 1747, conservé à l'université de Salamanque, est consultable en ligne.
L'historien Alessandro Laverda montre que Lambertini était conscient d'une difficulté. En théorie, un vrai miracle dépasse toute la nature. En pratique, il est impossible de prouver qu'une guérison dépasse aussi les forces naturelles invisibles. Lambertini accepte donc comme miracle une guérison soudaine qui dépasse les forces visibles du corps. Sans cela, écrit Laverda, presque aucune guérison n'aurait pu être retenue.
Lambertini distingue ainsi les miracles « majeurs », qui dépassent toute la nature créée, et les miracles « mineurs », qui dépassent seulement la nature corporelle. Un texte anonyme de la même époque, cité par Laverda, va jusqu'à écrire que le miracle « ne détruit pas les lois de la nature ». Le débat porte donc moins sur la réalité des guérisons que sur la manière de les classer et de les prouver.
Le sanctuaire de Lourdes présente aujourd'hui une liste de critères qu'il rattache à Lambertini. La maladie doit être grave, avec un pronostic défavorable. Elle doit être connue et décrite par la médecine. Elle doit être organique, avec des preuves biologiques ou radiologiques ; les troubles psychologiques ou fonctionnels sont exclus. Aucun traitement ne doit pouvoir expliquer la guérison. Celle-ci doit être soudaine, sans convalescence, complète et durable, et non une simple rémission.
Lourdes, un tri médical en plusieurs étapes
Lourdes a son propre dossier sur ce site ; on n'en retient ici que la méthode. Dès 1862, l'évêque de Tarbes déclare sept guérisons miraculeuses parmi des centaines examinées. En 1883, le Dr Georges-Fernand Dunot de Saint-Maclou fonde le Bureau des constatations médicales, à la demande du recteur du sanctuaire. Ses procédures sont approuvées par Léon XIII en 1886.
Le Bureau reçoit les déclarations de guérison. Un médecin permanent les examine et réunit, si le cas paraît sérieux, les médecins présents à Lourdes. Depuis 1947, un Comité médical international, d'une trentaine de membres, dit si la guérison reste inexpliquée dans l'état actuel des connaissances. C'est ensuite un évêque qui proclame le miracle : dans le cas le plus récent, celui du diocèse de la personne guérie.
Le contraste entre les chiffres est frappant. Le sanctuaire parle de plus de 7 000 guérisons déclarées depuis 1858. Sa page sur les miracles en compte 70 reconnus, dont 56 en France ; plus de 80 % concernent des femmes. Ce compteur n'est pas à jour : le 16 avril 2025, le sanctuaire a salué la proclamation du 72e miracle. Il concerne Antonia Raco, une Italienne atteinte de sclérose latérale primitive, guérie selon le dossier lors d'un pèlerinage en 2009. Le Comité médical avait voté sur son cas en novembre 2024.
La page du sanctuaire donne d'autres détails. La plus jeune personne reconnue avait deux ans. Six personnes ont déclaré une guérison sans être venues à Lourdes. Cinquante des guérisons reconnues ont eu lieu après un contact avec l'eau de Lourdes, surtout dans les piscines du sanctuaire. Depuis 2009, le Bureau est dirigé par le Dr Alessandro de Franciscis.
Ce que la médecine sait des guérisons inattendues
La médecine connaît des guérisons qu'elle n'attendait pas. La plus étudiée est la régression spontanée des cancers : une tumeur maligne disparaît en partie ou en totalité sans traitement. Dans un article de 2018, Louis F. Vernon rappelle qu'on l'estime à environ un cas sur 60 000 à 100 000. Les chercheurs Everson et Cole en avaient réuni 176 cas publiés au XXe siècle. Une infection survenue en même temps revient souvent dans ces récits, ce qui oriente vers une réaction du système immunitaire.
Vernon cite la diphtérie, le paludisme, la rougeole ou la tuberculose parmi les infections rapportées en même temps que des régressions. C'est en observant de tels cas que le chirurgien américain William Coley a eu l'idée d'injecter des bactéries à des malades du cancer. Ces récits n'ont rien de surnaturel, mais pour le patient comme pour son entourage, la disparition d'une tumeur reste un événement bouleversant.
L'effet placebo est souvent invoqué, mais il ne faut pas l'exagérer. En 2010, une revue Cochrane a rassemblé 234 essais portant sur 60 affections. Elle ne trouve pas d'effet clinique important en général. Elle note des effets modestes possibles sur ce que le patient ressent, surtout la douleur et la nausée. Les auteurs ajoutent qu'il est difficile de séparer un vrai effet placebo d'un biais dans la manière dont les patients rapportent leurs symptômes. Le placebo peut donc soulager, mais il n'explique pas la disparition d'une lésion organique.
D'autres causes plus banales existent : un diagnostic initial erroné, une maladie qui évolue par poussées, l'effet tardif d'un traitement, ou un souvenir qui embellit les faits. Les critères de Lambertini et ceux de Lourdes visent justement à écarter ces pièges. C'est pourquoi si peu de cas sont retenus.
Les faiseurs de miracles démasqués
Toutes les guérisons spectaculaires ne sont pas sincères. Le prédicateur américain Peter Popoff semblait connaître, par révélation divine, des détails personnels sur des personnes présentes dans la salle, y compris leurs maladies. En 1986, le magicien et sceptique James Randi et d'autres enquêteurs utilisent un scanner radio pendant une réunion publique. Ils découvrent que ces informations sont transmises à Popoff par sa femme, au moyen d'une oreillette.
Johnny Carson diffuse les enregistrements dans le Tonight Show. Selon la Psi Encyclopedia, l'affaire entraîne la disgrâce, temporaire, et la faillite de Popoff. L'agence Associated Press le rappelle encore dans la nécrologie de Randi, en 2020. Cette fraude ne dit rien de la sincérité des autres croyants ; elle montre seulement qu'une scène de guérison peut être organisée, et que des personnes malades peuvent en être les premières victimes.
Ce que les sources permettent de dire
Des personnes guérissent de façon inattendue : c'est un fait médical, rare mais documenté. Certaines de ces guérisons ont lieu dans un contexte religieux, et des institutions les examinent avec des critères stricts. Le Bureau de Lourdes ne dit pas qu'un miracle a eu lieu : il dit qu'une guérison reste inexpliquée. Le mot miracle est un jugement de foi, porté par l'Église.
La science ne peut ni confirmer ni exclure une cause surnaturelle. Elle peut en revanche vérifier les dossiers, mesurer la fréquence des rémissions et démasquer les tricheries. Entre ces deux plans, le lecteur garde sa liberté.
Les explications examinées
Phénomène documenté (un cancer sur 60 000 à 100 000), mais rarement prouvé dans un cas donné.
Effets modestes sur la douleur et la nausée ; ne rend pas compte d'une guérison organique.
Risque que les critères de Lambertini et de Lourdes cherchent à écarter.
Démontrée dans le cas Popoff (1986) ; ne vaut que pour les cas démasqués.
Jugement de foi, hors du champ de la preuve ; la science ne peut ni le confirmer ni l'exclure.
Questions ouvertes
- Combien de guérisons déclarées à Lourdes ont été suivies médicalement sur le long terme ?
- Les critères appliqués aujourd'hui reprennent-ils mot pour mot ceux du traité de Lambertini ?
Sources
Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.
- Prosper Lambertini (Benoît XIV), De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, livres I-IV, édition de 1747 (imprimeurs Marco et Niccolò Pagliarini), reproduction numérique de l'exemplaire de l'université de Salamanque — Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes, portail Joan Lluís Vives Niv. 1
- Alessandro Laverda, « Revising the Supernatural: Prospero Lambertini's Reconsideration of the Concept of Miracle », Church History 90:1 (2021), p. 45-67 — Cambridge University Press Niv. 2
- The Medical Bureau of the Sanctuary — Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes Niv. 3
- The miracles of Lourdes — Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes Niv. 3
- Antonia Raco, 72nd Lourdes miracle — Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes Niv. 3
- Louis F. Vernon, « William Bradley Coley, MD, and the phenomenon of spontaneous regression », ImmunoTargets and Therapy 7 (2018), p. 29-34 — Dove Medical Press (PubMed Central) Niv. 2
- Asbjørn Hróbjartsson et Peter C. Gøtzsche, « Placebo interventions for all clinical conditions », Cochrane Database of Systematic Reviews 2010, n° 1 (résumé) — Cochrane Library Niv. 2
- KM Wehrstein et Robert McLuhan, « James Randi », Psi Encyclopedia (2020) — Society for Psychical Research Niv. 3
- Matt Sedensky, « James Randi, dazzling magician and skeptic, dies at 92 » (22 octobre 2020) — Associated Press (via News4Jax) Niv. 4
Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.