← Tous les dossiers

AX-051 · entity

Anges

Moyen-Orient;Europe;Afrique;Asie · Antiquité–présent

Esprit critique et perception Folklore du monde

Bilan · Croyance religieuse vivante, hors du champ de la preuve ; légende de Mons issue d'une fiction Dossier approfondi8 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Messagers de Dieu dans la Bible hébraïque, choeurs célestes chez les théologiens chrétiens, porteur de la révélation dans l'islam : les anges traversent trois grandes religions vivantes. Leur existence relève de la foi et reste hors du champ de la preuve. Ce que l'on peut documenter, c'est l'histoire des textes qui les décrivent, la naissance d'une légende moderne célèbre, les « anges de Mons » de 1914, et la place que la croyance aux anges garde aujourd'hui.

Des messagers avant d'être des anges

Le mot français « ange » vient du grec angelos, qui veut dire « messager ». Le grec traduisait lui-même l'hébreu mal'akh. Selon la Jewish Encyclopedia, ce mot hébreu signifie simplement « messager » par son origine. Il a pris le sens d'« ange » surtout dans des expressions comme « l'ange du Seigneur ». Dans beaucoup de récits bibliques, l'ange n'a d'ailleurs pas de nom. Il apparaît, transmet une parole ou accomplit une action, puis disparaît.

Les choses changent avec le livre de Daniel. Pour la Jewish Encyclopedia, son auteur est le premier à individualiser les anges et à leur donner des noms et des titres : Michel et Gabriel. Raphaël apparaît dans le livre de Tobie. Dans Daniel 9:21, Gabriel, que le prophète avait déjà vu en vision, lui est envoyé pendant qu'il prie. L'encyclopédie relie ce développement aux contacts avec la Babylonie et la Perse après l'Exil. Elle cite aussi une tradition rabbinique selon laquelle « les noms des anges ont été rapportés de Babylone par les Juifs ». Il s'agit d'une tradition ancienne, et non d'un fait historique établi.

Gabriel et Jibrīl

Gabriel est l'un des rares anges présents dans les trois traditions. Dans l'Évangile selon Luc (1:26-31), Dieu l'envoie à Nazareth, en Galilée, auprès d'une jeune femme nommée Marie. Il la salue, l'invite à ne pas avoir peur et lui annonce qu'elle mettra au monde un fils, qu'elle appellera Jésus. Cette scène, l'Annonciation, est l'une des plus représentées de l'art chrétien.

Dans l'islam, l'ange s'appelle Jibrīl. Selon l'Encyclopaedia Britannica, il est l'archange qui sert d'intermédiaire entre Dieu et les humains, et le porteur de la révélation aux prophètes, en particulier à Muhammad. Le Coran ne le nomme que trois fois. Le verset 97 de la sourate al-Baqara dit que c'est lui qui a fait descendre la révélation sur le coeur du Prophète, avec la permission de Dieu. Le verset suivant le cite avec Mikā'īl (Michel) parmi les anges. La Britannica ajoute que, selon la tradition, Jibrīl a guidé Muhammad lors de son ascension à travers les cieux. Pour les musulmans comme pour les chrétiens, ces textes relèvent de la foi. Ils ne se prêtent pas à une vérification historique, et ce dossier n'en propose pas.

Les neuf choeurs de Pseudo-Denys

L'image chrétienne des « choeurs » d'anges vient en grande partie d'un traité intitulé La Hiérarchie céleste. Son auteur se présentait sous le nom de Denys l'Aréopagite, un disciple de l'apôtre Paul au Ier siècle. En réalité, il s'agit d'un théologien et mystique anonyme du Ve siècle, que l'on appelle aujourd'hui Pseudo-Denys.

Au chapitre VI, il écrit que la Parole de Dieu a désigné l'ensemble des êtres célestes comme étant au nombre de neuf. Il les répartit en trois triades. La première, la plus proche de Dieu, réunit les Séraphins, les Chérubins et les Trônes. La deuxième réunit les Dominations, les Vertus et les Puissances, avec des noms qui varient selon les traductions. La dernière réunit les Principautés, les Archanges et les Anges. Ces derniers sont, selon lui, plus proprement appelés « anges » parce qu'ils s'occupent davantage des choses du monde. Ce classement a eu une immense influence sur la théologie, la poésie et la peinture du Moyen Âge.

Les anges de Mons, une fiction devenue témoignage

À la fin de l'été 1914, l'armée britannique recule devant l'armée allemande depuis Mons, en Belgique ; Machen parle de la « retraite » d'août. Le 29 septembre 1914, l'écrivain Arthur Machen publie dans le journal londonien The Evening News une courte nouvelle, « The Bowmen ». Un soldat anglais, sur le point d'être submergé, invoque saint George. Il voit alors « une longue ligne de formes, avec un éclat autour d'elles » : les archers d'Azincourt, venus repousser les Allemands.

Dans l'introduction de son livre de 1915, Machen raconte la suite. Des revues paroissiales lui demandent de réimprimer le texte. Un prêtre lui écrit que les « faits » doivent bien être vrais. Machen répond que son récit n'avait « aucun fondement dans les faits ». Il constate pourtant que sa fiction a été reçue par une paroisse comme « le plus solide des faits », et qu'il a réussi, sans le vouloir, dans « l'art de la tromperie ». Selon lui, les premières versions ne parlaient pas d'anges. Il relève qu'en mai, l'Occult Review publie le récit d'une « rangée d'êtres brillants » entre les armées. Il pense que le mot « shining » de sa nouvelle a fait le lien avec les « anges de Mons ». Il note aussi que saint George, présent dans les premières variantes, a ensuite disparu de beaucoup de versions, tout en survivant plus longtemps dans certaines variantes catholiques.

Machen s'amuse même des questions qu'on lui pose. Un journaliste lui demande quel cri de guerre poussaient les archers. Il répond que la plupart des archers d'Azincourt venaient du Gwent, au pays de Galles, et qu'ils auraient invoqué des saints gallois. Peu à peu, dans les récits qui circulent, les archers de sa fiction cèdent la place à des anges. Les variantes se présentent alors comme de l'histoire authentique, et Machen, qui ne peut citer aucune autorité pour un récit inventé, ne parvient pas à les arrêter.

L'historien David Clarke, de l'université Sheffield Hallam, a étudié cette légende avec une bourse de la British Academy obtenue en 2001. Son projet pose plusieurs questions : des soldats ont-ils vraiment vu quelque chose ? S'agit-il d'hallucinations, de propagande ou d'une mauvaise lecture d'un article de journal ? Ses résultats ont paru dans la revue Folklore en 2002, puis dans un livre en 2004. Ce dossier ne reprend pas ses conclusions détaillées, que nous n'avons pas pu consulter directement.

Une croyance toujours très répandue

La croyance aux anges reste forte dans certains pays. L'institut Gallup a interrogé par téléphone 1 011 adultes américains du 1er au 24 mai 2023. 69 % disent croire aux anges, 13 % ne sont pas sûrs et 18 % n'y croient pas. Le chiffre était de 79 % en 2001, 75 % en 2007 et 72 % en 2016.

Dans la même enquête, les anges arrivent juste derrière Dieu (74 %) et devant le paradis (67 %), l'enfer (59 %) et le diable (58 %). Ces chiffres ne concernent que les États-Unis. Ils mesurent une croyance déclarée, et ne disent rien de l'existence des anges eux-mêmes.

Ce que les sources permettent de dire

Les sources montrent une évolution claire. On passe du messager sans nom de la Bible hébraïque aux anges nommés du livre de Daniel, puis à Gabriel et Jibrīl, et enfin aux hiérarchies savantes de Pseudo-Denys. Cette histoire des textes est bien documentée. Elle ne dit rien de la vérité des croyances, qui restent hors du champ de la preuve et méritent le respect dû aux religions vivantes.

Le cas de Mons est différent. Il ne s'agit pas d'un texte sacré, mais d'une rumeur de guerre. Son point de départ est une fiction signée, datée et revendiquée comme telle par son auteur. La légende montre comment un récit inventé peut, en temps de crise, être reçu comme un témoignage.

Les explications examinées

Retenue
Développement historique des figures angéliques à travers les textes (Bible hébraïque, Évangiles, Coran, théologie)

Évolution documentée par les textes et par la Jewish Encyclopedia.

Débattue
Influence babylonienne et perse sur les noms et l'organisation des anges juifs

Avancée par la Jewish Encyclopedia et par une tradition rabbinique ; le degré d'influence reste discuté.

Retenue
Anges de Mons nés de la nouvelle « The Bowmen » de Machen

Date de parution vérifiée ; l'auteur affirme lui-même l'invention ; étudié par David Clarke.

Écartée
Apparition réelle d'êtres surnaturels à Mons en 1914

Aucun témoignage contemporain vérifié dans nos sources ; l'origine fictionnelle est documentée.

Débattue
Existence des anges

Question de foi, hors du champ de la preuve ; ni démontrable ni réfutable par les méthodes de ce site.

Questions ouvertes

  • Quels témoignages de soldats sur Mons David Clarke a-t-il retrouvés, et à quelle date furent-ils écrits ?
  • Comment la croyance aux anges a-t-elle évolué hors des États-Unis, en Europe ou dans le monde musulman ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. « Angelology », Jewish Encyclopedia (1901-1906) — JewishEncyclopedia.com Niv. 3
  2. Daniel 9:21 (texte hébreu et traduction anglaise) — Sefaria Niv. 1
  3. Évangile selon Luc 1:26-31 (King James Version) — Bible Gateway Niv. 1
  4. Coran, sourate 2 (al-Baqara), versets 97-98 — Quran.com Niv. 1
  5. « Jibrīl » — Encyclopaedia Britannica Niv. 3
  6. Pseudo-Denys l'Aréopagite, La Hiérarchie céleste (extraits en traduction anglaise) — Dallas Baptist University Niv. 1
  7. Arthur Machen, The Angels of Mons: The Bowmen and Other Legends of the War (1915) — Project Gutenberg (eBook n° 14044) Niv. 1
  8. Wartime Rumours and Legends (projet de recherche de David Clarke) — Sheffield Hallam University Niv. 3
  9. « Belief in Five Spiritual Entities Edges Down to New Lows » (sondage de mai 2023) — Gallup Niv. 3

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

Ouvrir dans l'observatoire interactif →