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AX-056 · folklore

Sirènes aquatiques / mermaids

Europe;Afrique;Amériques;Asie · Antiquité–présent

Folklore du monde Animaux légendaires… et réels

Bilan · Figure de légende, d'art et de croyance ; aucune preuve d'un être réel Dossier approfondi8 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Une femme jusqu'à la taille, un poisson en dessous : la sirène à queue de poisson est l'une des images les plus répandues au monde. Elle a nourri des légendes nobles en France, des récits de marins, des exhibitions truquées en Amérique et des cultes en Afrique. Les naturalistes ont proposé une explication animale, les lamantins et les dugongs. En 2012, une agence fédérale américaine a même dû rappeler qu'aucune preuve d'humanoïde aquatique n'avait jamais été trouvée.

Une image presque universelle

En français, le mot sirène désigne deux créatures. La première est la Sirène grecque, un oiseau à tête de femme, traitée dans le dossier AX-055. La seconde est la femme à queue de poisson, que l'anglais appelle mermaid. C'est d'elle qu'il s'agit ici.

Selon le National Ocean Service, une branche de l'agence américaine NOAA, ces êtres mi-humains, mi-poissons apparaissent dans les légendes de nombreuses cultures maritimes. L'agence cite des figures féminines magiques dans des peintures préhistoriques d'environ 30 000 ans. Elle évoque aussi des traditions d'Extrême-Orient et d'Australie aborigène. Elle conclut que la question de leur persistance relève plutôt des historiens, des philosophes et des anthropologues.

Mélusine, la fée du samedi

En France, la figure la plus célèbre est Mélusine. Vers 1393, Jean d'Arras écrit le Roman de Mélusine pour Jean, duc de Berry. Selon la bibliothèque Edward Worth de Dublin, ce récit soutenait les prétentions du duc sur la seigneurie de Lusignan. Mélusine épouse le comte Raymondin. Sa mère, Présine, l'a maudite : chaque samedi, elle devient serpente.

Poussé par son cousin, Raymondin l'épie. Il la découvre dans son bain, en train de se peigner. Jean d'Arras décrit une queue « grosse comme un tonneau à harengs », qui fait jaillir l'eau jusqu'au plafond. Mélusine s'envole alors de la tour du château, et revient plus tard annoncer la mort de chaque seigneur de Lusignan. La bibliothèque souligne que sa queue est d'abord celle d'un serpent. Mais une gravure de 1478 la montre déjà proche d'une sirène, et d'autres images, comme une statue au Luxembourg, en font une vraie femme-poisson.

Les sirènes de Christophe Colomb

Le 9 janvier 1493, lors de son premier voyage, Christophe Colomb navigue vers Hispaniola, l'île d'Haïti et de la République dominicaine actuelles. Selon le Queen Anne's Revenge Project, un service archéologique de Caroline du Nord, il note dans son journal trois sirènes qui « sortaient bien de la mer ». Il ajoute qu'elles n'étaient « pas aussi belles qu'on les peint ». Il dit en avoir déjà vu sur la côte de Guinée, en Afrique.

Le même service conclut qu'il s'agissait de lamantins, de grands mammifères marins de l'ordre des siréniens. Nous n'avons pas pu ouvrir une édition en ligne du passage complet du journal. Nous citons donc seulement les fragments rapportés par notre source.

Lamantins et dugongs : l'hypothèse animale

Les zoologistes ont nommé l'ordre de ces animaux Sirenia, d'après les sirènes. Selon l'Animal Diversity Web de l'université du Michigan, les mythes de sirènes viennent probablement de ces animaux. L'ordre compte aujourd'hui quatre espèces vivantes : trois lamantins et le dugong. Ils vivent dans les eaux peu profondes des côtes tropicales et subtropicales. Les adultes mesurent entre 2,8 et 3,5 mètres et pèsent de 400 à 1 500 kilos.

Un cinquième sirénien a existé. La rhytine de Steller, qui pouvait atteindre dix mètres, a disparu vers 1768, sans doute à cause de la chasse. L'hypothèse animale explique bien certains témoignages de marins, comme celui de Colomb. Elle n'explique pas à elle seule l'existence de la sirène dans des cultures qui ne voyaient jamais ces animaux. Elle reste donc une piste partielle.

La « sirène des Fidji » de Barnum

Au XIXe siècle, la sirène devient un objet de spectacle. En 1842, le forain P. T. Barnum fait venir à son American Museum de New York une « sirène des Fidji », présentée comme acquise « à un prix extraordinaire ». Selon les archives du Lost Museum de l'université de la ville de New York, elle est d'abord montrée au Concert Hall, puis au musée. Elle part ensuite à Charleston, en Caroline du Sud, où un journal en rend compte en janvier 1843.

Une annonce parue en 1842 dans le New York Sunday Herald, citée par les archives, la montre comme un assemblage grotesque, mi-singe, mi-poisson. On est loin de la belle femme des légendes. Une sirène de ce type est aujourd'hui conservée au Peabody Museum d'archéologie et d'ethnologie de Harvard. Son histoire exacte avant Barnum reste mal connue.

Andersen et la Petite Sirène

Le 7 avril 1837, le Danois Hans Christian Andersen publie « La Petite Sirène » dans le troisième cahier de ses Contes pour enfants. Le récit commence au large, là où l'eau est « bleue » et profonde. Les filles du roi de la mer n'ont pas de jambes : leur corps se termine en queue de poisson.

La plus jeune veut une âme immortelle et l'amour d'un prince. La sorcière de la mer lui donne des jambes, mais prend sa voix, et chaque pas lui fait mal comme une lame. Le prince en épouse une autre. La sirène refuse de le tuer et devient écume. Elle rejoint les « filles de l'air », qui peuvent gagner une âme en trois cents ans de bonnes actions. Ce conte a fixé l'image moderne de la sirène douce et tragique.

Mami Wata, la « Mère Eau »

En Afrique, la sirène prend la forme d'un esprit vivant dans les croyances actuelles. Selon l'historien de l'art Henry John Drewal, Mami Wata signifie « Mère Eau » en pidgin, la langue des échanges commerciaux. Elle est souvent représentée avec une tête et un buste de femme et une queue de poisson, ou en charmeuse de serpents. Elle est à la fois belle, protectrice, séduisante et dangereuse. On l'honore au Ghana, au Togo, au Bénin, au Nigeria, jusqu'en Angola et en République démocratique du Congo, et dans la diaspora, au Brésil et en Haïti.

Drewal décrit plusieurs apports venus d'ailleurs. Une salière en ivoire sapi de la fin du XVe siècle montre une sirène copiée d'un modèle européen. Dans les années 1880, une chromolithographie de Hambourg représentant une charmeuse de serpents arrive en Afrique de l'Ouest. Dès 1901, elle y est lue comme une image de Mami Wata. Drewal pense pourtant que l'idée de cet esprit est plus ancienne que son nom. D'autres chercheurs y voient une création de l'époque coloniale. Son image a continué de changer. Entre les années 1930 et 1950, des chromolithographies indiennes de divinités hindoues ont influencé ses représentations. Dans la diaspora, elle rejoint des figures proches, comme Yemanjá au Brésil ou Lasirèn en Haïti. À la fin du XXe siècle, des Églises pentecôtistes et des groupes musulmans s'opposent de plus en plus à son culte. Comme pour toute croyance vivante, sa vérité religieuse reste hors du champ de la preuve.

Ce que les sources permettent de dire

Le 27 juin 2012, le National Ocean Service publie une note simple : « aucune preuve d'humanoïdes aquatiques n'a jamais été trouvée ». Selon Reuters et LiveScience, elle répondait à des questions du public après Mermaids: The Body Found, une fiction d'Animal Planet tournée comme un documentaire et diffusée en mai. Une porte-parole a admis que le moment de la note était lié à l'émission.

Les sources documentent donc une figure de légende, d'art et de croyance, nourrie d'échanges entre continents. Elles documentent aussi des confusions avec des animaux réels et des fraudes de foire. Elles ne documentent aucun être réel à queue de poisson.

Les explications examinées

Retenue
Figure de légende et d'art, transmise et transformée entre cultures

Mélusine, Andersen et Mami Wata montrent des adaptations documentées.

Plausible
Observations de lamantins ou de dugongs prises pour des sirènes

Probable pour le cas de Colomb ; n'explique pas toute la tradition.

Retenue
Spécimens fabriqués pour les foires (sirène des Fidji)

Exhibition de Barnum documentée ; objet composite conservé à Harvard.

Écartée
Existence d'humanoïdes aquatiques

Aucune preuve selon la NOAA ; l'émission de 2012 était une fiction.

Questions ouvertes

  • Que dit exactement le résumé du journal de Colomb, dans l'édition de Las Casas, pour le 9 janvier 1493 ?
  • D'où vient la « sirène des Fidji » avant son arrivée chez Barnum ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Hans Christian Andersen, « Den lille Havfrue », dans Eventyr, fortalte for Børn, Tredie Hefte (1837), éd. critique d'Erik Dal — Det Kgl. Bibliotek, Arkiv for Dansk Litteratur Niv. 1
  2. Are mermaids real? — NOAA, National Ocean Service Niv. 3
  3. Elise Carroll, « Mermaids and Sirens » (20 juillet 2020) — Queen Anne's Revenge Project, Office of State Archaeology (Caroline du Nord) Niv. 3
  4. The FeeJee Mermaid — The Lost Museum Archive (City University of New York) Niv. 3
  5. Henry John Drewal, « Mami Wata: Arts for Water Spirits in Africa and Its Diasporas », African Arts (été 2008), p. 60-83 — African Arts (copie hébergée par l'University of Washington) Niv. 2
  6. Melusine — Edward Worth Library (Dublin), exposition Mythical Creatures Niv. 3
  7. Sirenia (dugongs, manatees and sea cows) — Animal Diversity Web, University of Michigan Niv. 3
  8. Jeanna Bryner (LiveScience), « Mermaids don't exist, says US government » (5 juillet 2012) — The Christian Science Monitor Niv. 4
  9. Reuters, « It's official: mermaids don't exist » (6 juillet 2012) — Khaleej Times Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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