Cavalier sans tête
Europe;Amériques · Moyen Âge–présent
Folklore du monde
Un cavalier galope dans la nuit, sans tête, ou en tenant sa tête sous le bras. La figure est devenue célèbre grâce à « La Légende de Sleepy Hollow » de Washington Irving, publiée en 1819-1820. Mais elle est bien plus ancienne : un poème anglais du XIVe siècle met déjà en scène un chevalier qui ramasse sa propre tête, l'Irlande raconte le dullahan, et les frères Grimm ont recueilli des récits de cavaliers sans tête. Ce dossier suit ces fils, sans chercher à les relier plus qu'ils ne le sont.
Un cavalier qui a perdu la tête
Le cavalier sans tête est l'une des figures les plus connues des récits de fantômes. Il apparaît la nuit, sur une route ou près d'un cimetière, et poursuit ceux qui le croisent. Selon les versions, il n'a pas de tête du tout, ou bien il la porte sous le bras, ou à la main.
L'Encyclopaedia Britannica le présente comme un personnage de fiction, l'esprit légendaire qui hanterait le village de Sleepy Hollow, dans le récit de Washington Irving. C'est en effet ce texte qui a fixé l'image moderne. Mais des cavaliers sans tête existent dans des récits plus anciens, en Angleterre, en Irlande et en Allemagne. Ces récits se ressemblent, sans qu'on puisse toujours dire s'ils dépendent les uns des autres.
Le Chevalier vert ramasse sa tête
Le plus ancien texte de ce dossier est un poème anglais du XIVe siècle, Sir Gawain and the Green Knight. Il n'est connu que par un seul manuscrit, conservé à la British Library. Selon la notice du catalogue, ce manuscrit réunit quatre poèmes anonymes. Il a été copié par un seul scribe vers 1375-1400, et ses images en couleurs ont été ajoutées vers 1400-1410. Plusieurs d'entre elles illustrent Gawain, dont le Chevalier vert.
Le récit, tel que le résume l'adaptation de Jessie L. Weston publiée en 1898, est simple. Pendant les fêtes de Noël, un géant tout vert entre à cheval dans la salle du roi Arthur, à Camelot. Il propose un « jeu » : un chevalier peut lui donner un coup de hache, à condition de recevoir le même coup un an plus tard. Gawain accepte et lui tranche la tête. Mais le Chevalier vert ne tombe pas. Il ramasse sa tête par les cheveux, remonte à cheval et la tient levée. La tête parle : elle ordonne à Gawain de venir à la Chapelle verte recevoir le coup en retour.
Dans son introduction, Weston écrit que ce défi de la décapitation correspond à la plus ancienne version connue de l'histoire, celle du récit irlandais Fled Bricrend, « le festin de Bricriu ». Ce rapprochement montre que l'image d'un être qui survit à sa décapitation circulait bien avant les fantômes de l'époque moderne.
Le dullahan d'Irlande
En Irlande, le cavalier sans tête porte un nom : le dullahan. Selon le département des livres rares de l'Université de Notre-Dame, c'est un cavalier qui porte sa tête sous le bras, une sorte de faucheuse. L'expression irlandaise gan ceann signifie « sans tête ». Les bibliothécaires rappellent que Thomas Crofton Croker, l'un des premiers à publier des récits populaires irlandais, a fait paraître ses Fairy Legends en 1825 et a regroupé plusieurs histoires sous le titre « The Dullahan ». L'une d'elles raconte comment un certain Charley Culnane croise un homme sans tête monté sur un cheval sans tête.
Le poète W. B. Yeats reprend ces traditions dans son anthologie Fairy and Folk Tales of the Irish Peasantry. Il y décrit le coach-a-bower (cóiste-bodhar), « un immense carrosse noir » surmonté d'un cercueil, tiré par des chevaux sans tête et conduit par un dullahan. Selon Croker, cité par Yeats, si l'on ouvre la porte à son passage, on reçoit une bassine de sang au visage. Yeats ajoute que ces fantômes sans tête se trouvent ailleurs qu'en Irlande. Il raconte qu'en 1807, deux sentinelles postées près de St James's Park, à Londres, seraient mortes de peur à cause d'une femme sans tête. Il s'agit d'une anecdote rapportée par Yeats, que nous n'avons pas pu vérifier.
On présente souvent le dullahan comme la source du cavalier d'Irving. Aucune des sources consultées ne le démontre. Elles montrent seulement que les deux figures se ressemblent.
Les cavaliers des frères Grimm
En Allemagne, les frères Grimm ont recueilli dans leurs Deutsche Sagen des récits présentés comme vrais, situés dans un lieu et une époque précis. Le n° 310, « Hans Jagenteufel », se passe en 1644, près de Dresde. Un dimanche matin, une femme ramasse des glands dans la forêt. Elle entend un cor de chasse, puis voit passer un cavalier « sans tête », vêtu d'un long manteau gris, avec des bottes et des éperons. Neuf jours plus tard, elle revient au même endroit. Une voix l'interpelle : c'est le même homme, à pied cette fois, qui tient sa tête sous le bras.
Le fantôme explique qu'il a vécu environ 130 ans plus tôt. Il était le fils d'un certain Hans Jagenteufel, qui lui conseillait d'être indulgent avec les pauvres. Il ne l'a pas écouté et s'est livré à la boisson et au mal. Pour cette raison, il doit errer comme une âme damnée. Le récit sert donc de leçon morale : la tête perdue est le signe d'une punition.
On cite aussi souvent la ballade « Der wilde Jäger » de Gottfried August Bürger, imprimée pour la première fois en 1785 selon la notice de TextGrid. Un comte part chasser un dimanche matin, pendant la messe. Il écarte les avertissements, piétine le champ d'un paysan et viole l'ermitage d'un saint homme. Il est condamné à chasser, poursuivi par les chiens de l'enfer, jusqu'au Jugement dernier. Le poème décrit une chasse maudite, thème d'un autre dossier, mais aucun de ses cavaliers n'est sans tête.
Sleepy Hollow, un fantôme de village
Le récit d'Irving se passe près de Tarry Town, sur la rive est de l'Hudson, dans l'État de New York. Une vallée voisine, à environ deux miles, est connue sous le nom de Sleepy Hollow. Les habitants y parlent d'une apparition : « un personnage à cheval, sans tête ». Certains disent que c'est le fantôme d'un soldat hessois, un mercenaire allemand, dont la tête a été emportée par un boulet de canon lors d'une bataille de la guerre d'Indépendance. Son corps aurait été enterré dans le cimetière de l'église.
Le maître d'école Ichabod Crane est poursuivi un soir par le cavalier. Le lendemain, on retrouve son chapeau près du ruisseau, à côté d'une citrouille fracassée. Son corps n'est jamais retrouvé. Plus tard, un fermier rapporte qu'Ichabod serait toujours vivant, et son rival Brom Bones a un air qui laisse penser qu'il en sait plus qu'il ne le dit. Le texte se termine par un post-scriptum « trouvé dans l'écriture de M. Knickerbocker », qui joue avec l'idée d'une histoire vraie. Irving laisse ainsi au lecteur le choix entre le fantôme et la farce.
Irving connaissait bien la littérature allemande. Dans un article de 1930, le chercheur Henry A. Pochmann a étudié l'influence de son voyage en Allemagne sur ses récits. Il renvoie à un autre de ses articles, paru la même année, sur ce qu'Irving aurait emprunté aux vieux contes de Rübezahl pour son histoire de Sleepy Hollow. Le cavalier d'Irving apparaît donc comme une construction littéraire, nourrie de lectures européennes et placée dans un décor américain.
Ce que les sources permettent de dire
Aucun cavalier sans tête n'a jamais été observé de façon vérifiable. Ce que les sources documentent, ce sont des récits : un poème médiéval, des légendes irlandaises publiées au XIXe siècle, des récits allemands recueillis par les Grimm, et un conte américain qui les a tous éclipsés.
Les liens entre ces récits restent discutés. La ressemblance entre le Chevalier vert, le dullahan et le cavalier de Sleepy Hollow est frappante, mais une ressemblance ne prouve pas un emprunt. Le motif d'un mort qui porte sa tête peut naître de façon indépendante dans plusieurs traditions, car il exprime simplement l'idée d'une mort violente et d'une âme qui ne trouve pas le repos.
Les explications examinées
Texte d'Irving daté ; lectures allemandes étudiées par Pochmann (1930).
Attesté par le manuscrit de Gawain et l'introduction de Weston.
Souvent affirmé ; aucune source consultée ne le démontre.
Le récit de 1644 présente la tête perdue comme le prix d'une vie mauvaise.
Aucun témoignage vérifiable ; impossible biologiquement.
Questions ouvertes
- Quels textes allemands Irving a-t-il réellement lus avant d'écrire Sleepy Hollow ?
- Les récits irlandais de dullahan sont-ils attestés avant les publications de Croker en 1825 ?
Sources
Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.
- Washington Irving, « The Legend of Sleepy Hollow » — Project Gutenberg (eBook n° 41) Niv. 1
- Headless horseman (article révisé par Kathleen Kuiper) — Encyclopaedia Britannica Niv. 3
- Cotton MS Nero A X/2 : Pearl, Cleanness, Patience, Sir Gawain and the Green Knight (notice de catalogue) — British Library Niv. 3
- Jessie L. Weston, Sir Gawain and the Green Knight, récit en prose moderne (Londres, David Nutt, 1898) — Project Gutenberg (eBook n° 66084) Niv. 1
- W. B. Yeats (éd.), Fairy and Folk Tales of the Irish Peasantry, chapitre « The Banshee » — Internet Sacred Text Archive Niv. 1
- Sara Weber et Aedín Ní Bhróithe Clements, « Headless Horsemen in American and Irish Legend » — University of Notre Dame, Rare Books and Special Collections Niv. 3
- Jacob et Wilhelm Grimm, Deutsche Sagen, tome 1, n° 310 « Hans Jagenteufel » — TextGrid Repository Niv. 1
- Gottfried August Bürger, « Der wilde Jäger » (texte et notice) — TextGrid Repository Niv. 1
- Henry A. Pochmann, « Irving's German Tour and its Influence on His Tales », PMLA 45:4 (1930), p. 1150-1187 — Cambridge University Press Niv. 2
Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.