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AX-096 · folklore

Île de Hy-Brasil

Atlantique Nord · Moyen Âge–époque moderne

Folklore du monde La nature prise pour du paranormal

Bilan · Île fantôme : erreur cartographique recopiée, devenue légende Dossier approfondi8 min de lecture · rédigé le 19 octobre 2026 · mis à jour le 19 octobre 2026

Pendant plus de cinq siècles, des cartes ont placé à l'ouest de l'Irlande une île nommée Brasil. Des marchands de Bristol ont armé des navires pour la trouver en 1480 et en 1481. Les conteurs irlandais disaient qu'elle ne se montrait qu'une fois tous les sept ans. Elle disparaît des cartes de l'Amirauté britannique en 1873 : l'île n'a jamais existé, mais son histoire montre comment une erreur de carte devient une légende, puis un objectif d'exploration.

Une île née sur les cartes

Brasil n'apparaît pas d'abord dans un récit, mais sur une carte. Vers 1325-1330, la carte marine d'Angelino Dalorto (que certains historiens identifient au Majorquin Angelino Dulcert) inscrit une île « Bracile » à l'ouest de l'Irlande. Un siècle plus tard, le Vénitien Andrea Bianco place à son tour une « Insula de Brasil » dans l'Atlantique. Les cartographes de l'époque recopient beaucoup leurs prédécesseurs : une île inscrite une fois a toutes les chances d'être reprise.

C'est exactement ce qui se passe. La Library of Congress conserve des cartes qui montrent l'île sur plus de deux siècles : « Isola de brazil » chez Diego Gutiérrez en 1562, une île Brasil à l'ouest de l'Irlande dans l'atlas d'Abraham Ortelius en 1570, « Do brasil » chez João Teixeira Albernaz vers 1630. En 1753, le géographe Thomas Jefferys la qualifie déjà d'« île imaginaire », mais Guillaume de L'Isle dessine encore un « Rocher de Brasil » en 1769.

L'origine du nom reste discutée. Le mot évoque le bois de brésil, une teinture rouge très recherchée au Moyen Âge, et Salazar joue sur ce double sens. Les auteurs irlandais du XIXe siècle l'ont rapproché du gaélique, d'où la graphie « Hy-Brasil ». Barbara Freitag consacre une partie de son livre à cette « gaélicisation » du XIXe siècle : pour elle, l'île naît d'une erreur de cartographes méditerranéens, et la forme gaélique du nom est tardive.

Les marins de Bristol

La légende a eu des conséquences très concrètes. Dans le dernier quart du XVe siècle, les marchands de Bristol cherchent de nouvelles zones de pêche et de nouveaux marchés vers l'ouest. Le récit le plus ancien est celui du chroniqueur basque Lope García de Salazar, écrit avant sa mort en 1476 : un navire de Bristol aurait trouvé l'île un matin et rapporté une grande quantité de bois de brésil, qui aurait enrichi son armateur. Salazar mêle ce récit à la légende arthurienne : c'est la fée Morgane qui aurait enchanté l'île pour qu'on ne puisse plus la trouver.

Le voyage de 1480 est mieux documenté. Le chroniqueur William Worcestre note que, le 15 juillet, un navire de 80 tonneaux appartenant à John Jay le jeune quitte Bristol pour « l'île de Brasylle à l'ouest de l'Irlande », avec un maître nommé « Thloyde », sans doute le marin John Lloyd. Le 18 septembre, Bristol apprend que l'équipage a navigué environ neuf semaines avant que les tempêtes le repoussent vers un port irlandais. L'expédition a échoué.

En 1481, deux navires, le George et le Trinity, repartent vers le 6 juillet. Le douanier Thomas Croft en possède un huitième chacun et y a fait charger 40 boisseaux de sel. Comme un officier des douanes n'a pas le droit de commercer, une enquête est ouverte à Bristol le 24 septembre 1481. Croft se défend : le sel ne servait pas au commerce, mais à chercher l'île de Brasil. Il obtient sa grâce en 1483. Le sel suggère que l'on espérait aussi trouver des bancs de poissons à saler, ce qui relie ces voyages à la course vers les pêcheries de l'Atlantique nord, quelques années avant le voyage de Jean Cabot en 1497.

L'île enchantée des conteurs

À côté des cartes, une tradition orale se développe sur la côte ouest de l'Irlande : l'île serait cachée dans la brume et ne se montrerait qu'un jour tous les sept ans. En 1674, une lettre attribuée au capitaine John Nesbitt raconte un débarquement sur l'île, peuplée d'une multitude de « lapins noirs ». Ce récit relève du merveilleux et n'a pas de valeur de témoignage.

Au XIXe siècle, l'île devient un motif littéraire et national. L'ouvrage de D. R. McAnally, Irish Wonders (1888), lui consacre un chapitre intitulé « L'île enchantée ». C'est le moment où Brasil rejoint, chez Barbara Freitag, l'« Élysée celtique » : un autre monde heureux, rapproché des voyages de saint Brendan.

Mirages et illusions d'optique

En 1912, l'antiquaire irlandais Thomas J. Westropp publie dans les Proceedings of the Royal Irish Academy une longue étude sur Brasil et les îles légendaires de l'Atlantique. Il y écrit avoir vu lui-même l'« illusion » trois fois dans son enfance, la dernière fois à l'été 1872, et en avoir fait un croquis en couleur. Il décrit aussi des îles apparentes en 1887 dans le comté de Clare et en 1910 dans le Mayo.

Ce que Westropp a vu n'est pas établi, mais un mécanisme physique est bien connu : le mirage supérieur, ou fata morgana. Quand une couche d'air froid se trouve sous une couche d'air plus chaud, la lumière est courbée et des objets situés au-delà de l'horizon peuvent apparaître au-dessus de lui, étirés ou déformés. Le service météorologique australien l'utilise pour expliquer la légende du Hollandais volant. Appliqué à Brasil, ce rapprochement reste une hypothèse : il expliquerait des observations, pas l'origine cartographique de l'île.

Ce qui reste débattu

Le point le plus discuté n'est pas l'existence de l'île, que plus personne ne défend sérieusement, mais l'histoire des voyages de Bristol. Certains historiens se demandent si les marins de Bristol n'ont pas atteint Terre-Neuve avant Cabot en cherchant Brasil. Les documents de 1480 et 1481 ne le disent pas : ils montrent une recherche, pas une découverte.

Le récit d'un haut-fond de l'Atlantique, le banc de Porcupine, présenté comme les « restes » de l'île, circule beaucoup en ligne. Nous n'avons pas trouvé de source fiable qui le relie à Brasil avant le XIXe siècle : il reste une piste à vérifier.

Les explications examinées

Retenue
Erreur cartographique recopiée de carte en carte, puis légende irlandaise

Histoire des cartes (Library of Congress, Freitag) et des expéditions de Bristol.

Plausible
Mirages ou bancs de nuages pris pour une île

Mécanisme physique connu et observations de Westropp ; impossible à vérifier pour chaque mention.

Débattue
Découverte précoce de l'Amérique du Nord sous le nom de Brasil

Hypothèse d'historiens ; les documents de 1480-1481 ne montrent qu'une recherche.

Écartée
Île réelle engloutie

Aucune donnée géologique ni source ancienne ne la soutient.

Questions ouvertes

  • Les marins de Bristol ont-ils aperçu une terre réelle en cherchant Brasil avant 1497 ?
  • Quand le banc de Porcupine a-t-il été associé pour la première fois à l'île ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Lope García de Salazar, Libro de las bienandanzas e fortunas (avant 1476) : la découverte de l'île de Brasil par un navire de Bristol (trad. Harvey L. Sharrer, 2007) — University of Bristol — The Smugglers' City Niv. 1
  2. Thomas J. Westropp, « Brasil and the Legendary Islands of the North Atlantic: Their History and Fable », Proceedings of the Royal Irish Academy, vol. 30, section C (1912), p. 223-260 — Internet Archive Niv. 2
  3. Jay, John (biographie) — Dictionary of Canadian Biography (University of Toronto / Université Laval) Niv. 3
  4. Croft, Thomas (biographie) — Dictionary of Canadian Biography (University of Toronto / Université Laval) Niv. 3
  5. Hy-Brasil: the supernatural island (blog Worlds Revealed, 2020) — Library of Congress — Geography and Map Division Niv. 3
  6. Barbara Freitag, Hy Brasil: the metamorphosis of an island. From cartographic error to Celtic Elysium (Rodopi, 2013) — National Library of Ireland (notice de catalogue) Niv. 2
  7. Mirrors in the sky: demystifying the legend of the Flying Dutchman — Bureau of Meteorology (Australie) Niv. 3
  8. Mythical Isles of the West (extraits de Westropp 1912) — Roaringwater Journal Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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