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NX-038 · Légende et tradition festive

La Tarasque

Tarascon, Provence (France) · XIIIe siècle – aujourd'hui

Folklore du monde La France de l'étrange

Bilan · Légende hagiographique et tradition festive vivante ; aucun animal réel derrière le récit Dossier approfondi9 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Au bord du Rhône, un dragon mi-bête mi-poisson dévorait les passants. Sainte Marthe l'aurait dompté avec de l'eau bénite et une croix, puis attaché avec sa ceinture. La ville de Tarascon tirerait son nom de ce monstre. La Légende dorée, au XIIIe siècle, a fait connaître ce récit. Depuis des siècles, une grande effigie de la Tarasque parcourt les rues de la ville. Cette fête fait partie, depuis 2005, des « géants et dragons processionnels » reconnus par l'UNESCO.

Un dragon au bord du Rhône

La Légende dorée, recueil de vies de saints compilé au XIIIe siècle par Jacques de Voragine, raconte l'histoire. Dans un bois au bord du Rhône, entre Arles et Avignon, vivait un grand dragon. Il était « mi-bête mi-poisson », plus gros qu'un bœuf, plus long qu'un cheval, avec des dents tranchantes comme des épées. Il attaquait les gens.

Les habitants demandent de l'aide à Marthe, une figure des Évangiles. Selon la légende, elle prêche alors en Provence. Elle entre dans le bois et trouve le dragon en train de dévorer un homme. Elle l'asperge d'eau bénite et lui montre la croix. La bête s'arrête aussitôt, « immobile comme un mouton ». Marthe l'attache avec sa ceinture. Les habitants le tuent ensuite à coups de lances.

Le texte ajoute que les gens du pays appelaient ce dragon Tarasconus. La ville, qui s'appelait auparavant Nerluc, le « lac noir », aurait pris son nom. Le comité régional du tourisme reprend cette tradition : « Tarascon doit son nom à cette créature horrifique ». Il s'agit d'un récit d'origine, pas d'une étymologie démontrée.

Les textes de la légende

La Légende dorée n'est pas le seul texte. Selon le travail de Diane Peters, quatre grandes versions latines de la vie de sainte Marthe existent. Elles datent de la fin du XIIe au milieu du XIIIe siècle. On y trouve une vie attribuée à une certaine Marcilia, une vie commune de Marie-Madeleine et de Marthe, des chapitres du Miroir historial de Vincent de Beauvais et la Légende dorée. Ces textes font de Marthe une missionnaire de la Provence, ce que les Évangiles ne disent pas.

En 1483, l'imprimeur anglais William Caxton en a publié une traduction, que l'on peut lire aujourd'hui en ligne. C'est par ce livre que l'histoire de la Tarasque s'est diffusée bien au-delà de la Provence.

Pour les croyants, Marthe est une sainte, et la fête de Tarascon l'honore encore. Le domptage du dragon relève de la foi et de la tradition. Il se situe hors du champ de la preuve. Ce dossier s'intéresse à l'histoire des textes et des fêtes, non à la vérité religieuse du récit.

Les jeux du roi René

La tradition attribue la fête au roi René d'Anjou, qui hérita de la Provence au XVe siècle. Une source ancienne citée par la fiche d'inventaire du ministère de la Culture affirme que « les jeux de la Tarasque furent célébrés pour la première fois à Tarascon le 14 avril 1474 ». Le comité régional du tourisme ajoute que René créa à cette date l'ordre des chevaliers de la Tarasque. Ces affirmations viennent de la tradition locale et d'auteurs plus récents ; nous n'avons pas consulté l'acte d'origine.

Selon la même fiche, ces jeux ne devaient avoir lieu que sept fois par siècle. En 1823, une lettre du sous-préfet Joseph de Barremme décrit déjà les jeux et les courses des chevaliers. Parmi les jeux anciens, la fiche cite l'Esturgeon, où l'on jetait de l'eau, et le Cordeau, une farandole où une corde faisait trébucher les passants. Les défilés pouvaient réunir de 1 000 à 1 200 participants. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les corporations, comme les vignerons, les bergers ou les jardiniers, organisaient des jeux et des défilés. Certains jeux étaient rudes. La queue de la bête était autrefois une poutre de bois qui pouvait blesser les spectateurs. Dans les années 1950, le maire la fit transformer en tire-bouchon.

La fête a connu de longues pauses. La fiche cite des sorties en 1861, 1864 et 1891, puis plus rien jusqu'en 1946. Après la guerre, elle reprend chaque dernier week-end de juin. En 1945, le personnage de Tartarin, héros moqueur d'Alphonse Daudet, entre dans la fête.

La bête d'aujourd'hui

L'effigie actuelle mesure environ 6 mètres de long, 2,20 mètres de haut et 2 mètres de large. Elle pèse environ 600 kilos. Sa tête est en chêne sculpté et peint. Le corps est une armature de fer couverte de grillage, de crin et de planches fines, puis de résine. Sa couleur va du brun au vert, pour rappeler la vase du Rhône. « Elle sort des marais, donc il faut qu'elle soit sale ! », explique le responsable des chevaliers.

Autrefois, des porteurs se tenaient à l'intérieur. Aujourd'hui, une équipe d'une dizaine de Tarascaïres, souvent des joueurs de rugby, pousse la bête dans les rues. L'Association des chevaliers de la Tarasque organise les sorties. La fête dure quatre jours, le dernier week-end de juin : bénédiction à Saint-Michel-de-Frigolet, puis une course le samedi et deux le dimanche. Une tête de la bête datant d'environ 1800, retrouvée dans un grenier, est exposée au château.

L'image de la bête a elle aussi changé. Le comité régional du tourisme la décrit avec six pattes, une tête de lion, une carapace de tortue et un dard de scorpion. En 1989, un corps démontable a été construit pour les voyages, qui a permis à la Tarasque d'aller jusqu'en Inde. La Tarasque n'est pas seule : la fiche compte de 60 à 70 animaux totémiques dans le sud de la France, dont une cinquantaine dans l'Hérault.

En 1951, Louis Dumont a décrit en détail la Tarasque et ses porteurs. Sa description des costumes a servi de modèle quand les Tarascaïres ont adopté une tenue commune.

Géants et dragons à l'UNESCO

La Tarasque fait partie d'un ensemble plus large. En 2005, l'UNESCO a proclamé les « géants et dragons processionnels de Belgique et de France ». En 2008, l'élément a été inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Selon l'UNESCO, ces effigies peuvent atteindre neuf mètres de haut et peser jusqu'à 350 kilos.

Le ministère de la Culture précise que ces géants et dragons sont apparus dans les processions religieuses de nombreuses villes d'Europe à la fin du XIVe siècle. En France, ils restent des traditions vivantes à Cassel, Douai, Pézenas et Tarascon. Depuis 2019, les fêtes de la Tarasque figurent aussi à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel.

La fiche d'inventaire note des difficultés : manque de bénévoles et de moyens, peu de lieux de transmission, et une certaine méfiance envers un classement qui risquerait de figer le rituel. Daniel Fabre, cité par la fiche, l'a résumé ainsi : ces animaux « disparaissent dès que la jeunesse les abandonne ».

D'où vient le dragon ?

Plusieurs lectures ont été proposées. L'une voit dans la bête une image des crues du Rhône, que la sainte viendrait maîtriser. D'autres auteurs rapprochent la Tarasque de motifs plus anciens. La fiche d'inventaire cite la sculpture dite « Tarasque de Noves », découverte en 1849. Cette sculpture celtique en calcaire, conservée au musée Calvet d'Avignon, montre un animal assis qui dévore un homme, les pattes posées sur des têtes coupées. Les sources ne s'accordent pas sur sa date exacte.

Ces rapprochements sont séduisants mais restent des hypothèses. Rien ne prouve un lien direct entre la sculpture de Noves et la légende de Marthe.

Ce que les sources établissent, c'est la diffusion d'un récit hagiographique par les textes latins et la Légende dorée, puis sa transformation en fête civique, avec ses règles, ses interruptions et ses renaissances.

Les explications examinées

Retenue
Récit hagiographique qui fait de Marthe l'évangélisatrice de la Provence et explique le nom de Tarascon

Textes latins des XIIe-XIIIe siècles et Légende dorée.

Plausible
Allégorie des crues du Rhône maîtrisées

Interprétation courante, citée par la fiche d'inventaire ; difficile à prouver.

Débattue
Survivance d'un monstre dévorant de l'art gaulois (Tarasque de Noves)

Rapprochement iconographique sans lien démontré avec la légende.

Écartée
Animal réel ayant vécu au bord du Rhône

Description composite ; aucune trace matérielle.

Questions ouvertes

  • Quel document atteste réellement les jeux du 14 avril 1474 ?
  • À quelle date la légende du dragon apparaît-elle pour la première fois dans les textes latins sur Marthe ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Jacques de Voragine, Légende dorée, « Vie de sainte Marthe », traduction anglaise de William Caxton (1483), version annotée par Richard Stracke — Christian Iconography (d'après l'Internet Medieval Source Book) Niv. 1
  2. Diane Peters, The early Latin sources for the legend of St. Martha: a study and translation with critical notes, mémoire de maîtrise, Wilfrid Laurier University (1990), résumé — Medievalists.net Niv. 2
  3. Marie Gaspa, « Les fêtes de la Tarasque », fiche de l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France (2019) — Ministère de la Culture Niv. 3
  4. Processional giants and dragons in Belgium and France — UNESCO, Patrimoine culturel immatériel Niv. 3
  5. Dix ans (2006-2016) : les candidatures au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO — Ministère de la Culture Niv. 3
  6. La Tarasque — Comité régional de tourisme Provence-Alpes-Côte d'Azur Niv. 3
  7. Tarasque de Noves (photographie et notice) — World History Encyclopedia Niv. 3

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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