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NX-041 · Prophétie et interprétation

Les prophéties de Nostradamus

Salon-de-Provence (France) · 1555 – 1566

La France de l'étrange Esprit critique et perception

Bilan · Aucune prédiction vérifiable ; les « réussites » sont des lectures faites après coup, et certaines sont des faux Dossier approfondi8 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

En 1555, un médecin et astrologue de Provence, Michel de Nostredame, publie à Lyon un petit livre de quatrains obscurs : Les Prophéties. Près de cinq siècles plus tard, son nom revient à chaque catastrophe. On lui attribue la mort d'Henri II, l'arrivée d'Hitler, les attentats du 11 septembre 2001. Les textes, eux, ne donnent presque jamais de date ni de nom clair. Ce dossier montre comment fonctionnent ces vers, et comment chaque époque y lit son propre présent.

Un médecin de Provence

Michel de Nostredame naît en 1503 à Saint-Rémy-de-Provence, dans une famille d'origine juive convertie au catholicisme. Il étudie à l'université de Montpellier, voyage beaucoup, puis s'installe vers 1547 à Salon-de-Provence. Il y passera le reste de sa vie. Sa maison appartient aujourd'hui à la ville, et le ministère de la Culture lui a donné en 2012 le label « Maison des Illustres ».

Nostradamus est d'abord un praticien. Il soigne des malades de la peste, notamment à Aix-en-Provence. Selon l'historien David Allen Harvey, qui résume le travail de Stéphane Gerson, ses succès tenaient sans doute plus à l'hygiène et à l'isolement des malades qu'à ses remèdes à base de plantes. Comme beaucoup de médecins de son temps, il mêle la médecine, l'astrologie et l'alchimie.

Il se fait connaître par des almanachs, des petits livres de prévisions pour l'année, imprimés et vendus par les libraires de Lyon. Ces almanachs lui rapportent des revenus croissants et une réputation qui monte jusqu'à la cour. La reine Catherine de Médicis lui rend visite à Salon, et il devient médecin du roi Charles IX. Il meurt à Salon en 1566.

Un livre de quatrains

En 1555, le libraire lyonnais Macé Bonhomme imprime Les Prophéties de M. Michel Nostradamus. Le volume s'ouvre sur une lettre au fils de l'auteur, César, puis aligne des quatrains, des strophes de quatre vers rimés. Le premier montre l'auteur seul, la nuit, devant une « flambe exigue », une petite flamme : c'est la scène classique du devin qui veille.

D'autres quatrains s'ajoutent dans les éditions suivantes, imprimées en plusieurs fois à Lyon. Au total, l'ensemble compte 942 quatrains, rangés en dix « centuries », c'est-à-dire en groupes d'au plus cent. La langue est le français du XVIe siècle, semé de noms de lieux et de personnages.

Ces vers n'ont ni ordre chronologique ni ordre logique, et ils ne donnent presque jamais de date. Ils parlent de rois, de guerres, de villes prises, de feux dans le ciel, de fleuves débordés. Cette absence de repères est le cœur du système : un quatrain ne dit pas quand ni où, il propose seulement des images fortes.

Henri II et la « cage d'or »

La première « réussite » attribuée à Nostradamus est la mort du roi Henri II. En juin 1559, un tournoi de plusieurs jours est organisé à Paris pour fêter la paix entre la France et l'Espagne. Le roi affronte le jeune comte de Montgomery, membre de la garde écossaise du roi. La lance de Montgomery heurte le casque du roi ; un long éclat de bois lui perce l'œil. Henri II meurt le 10 juillet 1559.

Le quatrain I.35, imprimé dès 1555, dit : « Le lyon ieune le vieux surmontera, / En champ bellique par singulier duelle, / Dans caige d'or les yeux luy creuera, / Deux classes une, puis mourir, mort cruelle. » Après l'accident, des lecteurs ont reconnu le jeune lion dans Montgomery, le vieux lion dans le roi, et la « cage d'or » dans le casque doré. En 1891 encore, l'Anglais Charles A. Ward présente ce quatrain comme une annonce précise de la mort du roi.

Le texte ne nomme pourtant ni le roi, ni Montgomery, ni l'année. Pour Harvey, ce quatrain a surtout fixé une méthode : partir d'un événement connu, puis chercher dans le livre les mots qui semblent s'y rapporter. Les lecteurs suivants ont copié ce modèle.

« Hister » et la Seconde Guerre mondiale

Le quatrain II.24, lui aussi présent dans l'édition de 1555, évoque des « bestes farouches de faim », un camp tourné « encontre Hister », un grand traîné « en caige de fer », et un « enfant Germain ». Au XXe siècle, beaucoup de lecteurs y ont vu Hitler.

Or Hister est le nom latin du Danube. Le mot désigne un fleuve, pas un homme. La ressemblance avec le nom d'Hitler est un hasard de sonorité, que les interprètes ont transformé en preuve.

Les quatrains ont aussi servi d'arme. Selon le magazine HistoryNet, le ministère de la Propagande de Goebbels fait préparer, au début de la guerre, des brochures tirées de Nostradamus pour annoncer la victoire allemande. L'astrologue suisse Karl Ernst Krafft y participe. Des radios clandestines diffusent ensuite de fausses prophéties sur la destruction de Londres. Pour faire coller un quatrain à Hitler, le « grand prince d'Arménie » devient même « Arminius », par un simple changement de lettres. Cet épisode montre que la lecture des quatrains peut être orientée, et même falsifiée, au service d'une cause.

Le faux quatrain du 11 septembre

Après les attentats du 11 septembre 2001, un texte circule par courrier électronique : « Dans la Cité de Dieu il y aura un grand tonnerre, deux frères déchirés par le Chaos... ». Il est signé « Nostradamus 1654 », soit près de quatre-vingt-dix ans après sa mort.

Ce texte est un faux. Le site de vérification Snopes a retrouvé son origine : un essai sur Nostradamus publié en ligne avant 2001 par Neil Marshall, étudiant à l'université Brock, au Canada. Marshall avait inventé ces vers comme exemple, pour montrer qu'une image vague peut s'appliquer à n'importe quelle catastrophe. Quelqu'un a pris l'exemple pour une vraie prophétie. D'autres ont ensuite ajouté des lignes, dont une « troisième grande guerre » et « deux oiseaux de métal » qui frappent « deux hautes statues ».

Un vrai quatrain est aussi cité, le I.87, qui parle d'un feu « du centre de terre » faisant trembler une « cité neufve ». Le spécialiste Peter Lemesurier, cité par Benjamin Radford dans Live Science, pense que la « cité neuve » désigne une ville dont le nom signifie « nouvelle » en grec ou en latin, et que le feu sortant de la terre évoque plutôt un volcan. Rien n'y renvoie à New York ni à des avions.

Comment fonctionne une lecture après coup

Les lecteurs de Nostradamus ne lisent presque jamais le livre du début à la fin. Selon Harvey, ils sautent d'un quatrain à l'autre, s'arrêtent sur un nom de lieu ou une image qui rappelle l'actualité, puis construisent un récit. Des lecteurs isolés arrivent parfois aux mêmes conclusions, parce qu'ils partent des mêmes événements.

L'intérêt pour les quatrains monte dans les périodes de crise et retombe en temps de paix. Il a nourri une véritable industrie : rééditions, commentaires, guides de lecture, et quatrains inventés puis attribués à Nostradamus. Dès 1594, Jean-Aimé de Chavigny, qui se disait son secrétaire, publie un commentaire. Plus tard, des lecteurs relient des quatrains à Napoléon, au krach de John Law en 1720, ou aux frères Kennedy.

Le journaliste sceptique Benjamin Radford parle de « postdiction » : la prédiction n'apparaît qu'après l'événement. Une vraie prophétie du 11 septembre aurait dû être reconnue avant 2001, pas après. La foi de ceux qui voient en Nostradamus un voyant reste hors du champ de la preuve ; ce que les sources permettent d'établir, c'est l'histoire d'un livre et de ses lecteurs.

Les explications examinées

Retenue
Lectures après coup de vers vagues, sans date ni nom (postdiction)

Méthode décrite par Gerson et Harvey ; aucune prédiction reconnue avant l'événement.

Retenue
Hister désigne le Danube, non Hitler

Nom latin du fleuve, attesté dans le texte de 1555 bien avant Hitler.

Retenue
Le quatrain de la « Cité de Dieu » est un faux moderne

Origine retrouvée dans un essai d'étudiant ; daté « 1654 », après la mort de l'auteur.

Débattue
Le quatrain I.35 décrit précisément la mort d'Henri II

Images frappantes, mais aucun nom ni date ; lecture apparue après 1559.

Écartée
Nostradamus voyait réellement l'avenir

Aucune prédiction vérifiable ; la croyance reste hors du champ de la preuve.

Questions ouvertes

  • Combien de quatrains contenait exactement l'édition de 1555, et comment l'ensemble a-t-il grossi d'édition en édition ?
  • Quand le quatrain I.35 a-t-il été relié pour la première fois à la mort d'Henri II ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Les Prophéties de M. Michel Nostradamus, Lyon, Macé Bonhomme, 1555 : transcription de l'exemplaire de la bibliothèque d'Albi (fonds Rochegude) — Bibliothèque Nostradamus (Mario Gregorio), propheties.it Niv. 1
  2. Charles A. Ward, Oracles of Nostradamus (1891), chapitre « Historical Fragments » — Internet Sacred Text Archive Niv. 1
  3. David Allen Harvey, compte rendu de Stéphane Gerson, Nostradamus: How an Obscure Renaissance Astrologer Became the Modern Prophet of Doom (2012), H-France Review vol. 14, n° 117 (juillet 2014) — H-France Niv. 2
  4. Maison de Nostradamus, Salon-de-Provence (13), label Maison des Illustres — Ministère de la Culture, DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur Niv. 3
  5. Henry II of France Dies of Tournament Wounds — History Today Niv. 4
  6. Benjamin Radford, « Did Nostradamus Really Predict the 9/11 Terrorist Attacks? » (11 septembre 2011) — Live Science Niv. 4
  7. Nostradamus predicted the 9/11 attacks on the World Trade Center — Snopes Niv. 4
  8. Obsessed with the Occult (Goebbels, Krafft et la propagande nazie) — HistoryNet Niv. 4
  9. The true history of star astrologer Nostradamus — The Connexion Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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