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NX-043 · Phénomène météorologique

Les pluies d'animaux

Monde (Honduras, Australie, Europe) · Antiquité – 2023

La nature prise pour du paranormal

Bilan · Phénomène réel et rare, expliqué par les trombes et les orages ; aucun cas suivi de bout en bout Dossier approfondi9 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Des poissons qui tombent avec l'orage, des grenouilles qui remplissent les rues : ces récits traversent toute l'histoire, des auteurs grecs aux habitants d'un village du désert australien en 2023. Longtemps, les savants les ont tenus pour des fables. Aujourd'hui, les météorologues les expliquent par les trombes et les courants ascendants des orages, qui aspirent l'eau d'un lac ou d'une rivière avec ce qu'elle contient. Le mécanisme est admis, même si aucune chute n'a encore été suivie de bout en bout.

Quand l'orage apporte des poissons

Les récits se ressemblent d'un continent à l'autre. Un orage éclate, la pluie tombe très fort, et quand elle s'arrête, des poissons ou des grenouilles couvrent le sol, parfois encore vivants. On les trouve dans des rues, des champs ou des cours, loin de toute rivière. Les témoins ont souvent le sentiment qu'ils sont tombés du ciel avec l'eau.

Pendant longtemps, les savants ont refusé d'y croire. En 1921, l'ichtyologiste américain E. W. Gudger écrivait que, sur la question de savoir si des poissons peuvent tomber avec la pluie, « le profane et le savant sont presque unanimes à répondre non ». Il a pourtant choisi de rassembler les témoignages dans l'ordre chronologique, pour que le lecteur juge sur pièces. C'est ce dossier, complété par des cas récents, que nous reprenons ici.

Ce que disent les Anciens

Le plus ancien recueil de ces récits se trouve chez Athénée de Naucratis, un auteur grec de la fin du IIe et du début du IIIe siècle. Dans son livre VIII, il cite Phainias, selon qui il a plu des poissons pendant trois jours entiers en Chersonèse. Il cite aussi Phylarque, pour qui on a vu en bien des endroits pleuvoir des poissons, et souvent des têtards. Enfin, selon Héraclide Lembos, il a plu des grenouilles en Péonie et en Dardanie, en si grand nombre qu'elles remplissaient les maisons et les rues.

Pline l'Ancien dresse une autre liste. Dans le livre II de son Histoire naturelle, il rapporte qu'il a plu du lait et du sang en 114 avant notre ère, souvent de la chair, du fer en Lucanie et de la laine près d'une forteresse. Ces prodiges ne concernent pas des poissons. Mais quelques paragraphes plus haut, Pline décrit le tourbillon, qui « arrache les choses et les emporte avec lui vers le ciel ». Il décrivait donc déjà la force qui, selon les météorologues, explique ces pluies.

Les témoignages de l'époque moderne

Le premier cas anglais bien décrit date de 1666. Vers Pâques, pendant un orage, de petits poissons tombent sur un pré près de Wrotham, dans le Kent, loin de la mer et sans étang à proximité. Robert Conny en fait le récit dans une lettre publiée en 1698 par la Royal Society. Les poissons avaient la longueur d'un petit doigt et l'on en ramassa environ un boisseau. En 1771, à Cottbus, en Allemagne, Raphael Eglini rapporte une chute de poissons pendant un orage nocturne. Il ne l'a pas vue lui-même et reste prudent, mais il suggère qu'une trombe a pu les apporter. Pour Gudger, c'est la première explication naturelle plausible.

Aux États-Unis, un document du U.S. Fish and Wildlife Service publié en 1945 cite un cas de Caroline du Sud. Vers le 27 juin 1901, à Tillers Ferry, un observateur bénévole du service météorologique signale que des centaines de petits poissons sont tombés pendant une forte averse ; on les retrouve ensuite nageant dans les fossés entre les rangs de coton. Le même document remarque que les pluies de crapauds et de grenouilles sont surtout rapportées hors des États-Unis : ses auteurs n'en ont trouvé aucune sur le sol américain.

Yoro, la pluie de poissons du Honduras

Au Honduras, le département de Yoro est connu pour sa « lluvia de peces », la pluie de poissons. Selon la presse hondurienne, des habitants ramassent de petits poissons argentés après les gros orages de la saison des pluies, qui commence en mai. Ils les recueillent dans des seaux et les partagent. Les poissons sont souvent encore vivants. La tradition locale relie le phénomène au missionnaire catholique José Manuel Subirana (appelé aussi Manuel de Jesús Subirana), venu dans la région au XIXe siècle, qui aurait prié pour que Dieu nourrisse les pauvres.

Les explications avancées divergent. La Prensa parle de petites tornades qui aspireraient les poissons. D'autres, cités par Worldcrunch d'après les quotidiens El Heraldo et La Tribuna, pensent que les poissons remontent des eaux souterraines lors des fortes pluies, ce qui expliquerait qu'on les trouve chaque année aux mêmes endroits. La presse mentionne aussi une enquête ancienne qui aurait conclu à des poissons d'eau douce. Nous n'avons pas pu consulter cette enquête, et aucune étude scientifique publiée sur le cas de Yoro n'a été trouvée.

Lajamanu, au bord du désert

Lajamanu est une communauté du Territoire du Nord australien, à environ 560 kilomètres au sud-ouest de Katherine, au bord du désert de Tanami. En février 2023, pendant un violent orage nocturne, des habitants ont vu tomber des poissons. Le conseiller local Andrew Johnson Japanangka a raconté : « Nous avons vu un gros orage arriver sur ma communauté et nous pensions que c'était juste de la pluie. » Les poissons avaient la taille de deux doigts et étaient encore vivants.

Ce n'était pas la première fois. La presse australienne rappelle des chutes de poissons à Lajamanu en 2004 et en 2010. L'ichtyologiste Jeff Johnson, du Queensland Museum, a identifié des perches tachetées, l'un des poissons d'eau douce les plus communs d'Australie. Michael Hammer, conservateur des poissons au musée du Territoire du Nord, juge qu'il n'est pas rare que des poissons arrivent vivants s'ils n'ont pas été emportés trop haut, et invite les habitants à les recueillir et à les documenter lors des prochains orages.

L'explication des météorologues

La Royal Meteorological Society britannique résume l'explication admise. Les tubes nuageux sont de puissantes colonnes d'air en rotation qui descendent de la base d'un orage. Au-dessus d'un plan d'eau, on parle de trombe. Une trombe peut aspirer des objets, comme des grenouilles ou des poissons, puis les relâcher à plusieurs kilomètres de là. Les experts cités par la presse australienne parlent de même de courants ascendants très forts, capables de soulever l'eau et les poissons d'une rivière et de les déposer à des centaines de kilomètres.

Cette idée n'est pas nouvelle. Le document de 1945 s'appuie sur une compilation du Weather Bureau américain par Waldo L. McAtee. Il note que les vents ont un grand pouvoir de levage dès qu'ils tourbillonnent, et que des trombes auraient vidé des ports et des viviers au point d'en découvrir le fond. Il conclut qu'il n'y a pas de raison de rejeter en bloc ces récits.

Pour les grenouilles et les crapauds, le même document rappelle une autre explication. Selon The Frog Book de Dickerson (1906), les jeunes crapauds se cachent le jour sous les pierres et sortent en masse quand il pleut. Leur apparition soudaine peut faire croire qu'ils sont tombés du ciel. Cette explication ne vaut pas pour des poissons trouvés sur un sol sec ou dans une rue.

Ce que les sources permettent de dire

Les chutes de poissons et de grenouilles sont attestées depuis l'Antiquité, et des cas récents sont rapportés par des témoins nombreux. Le mécanisme proposé par les météorologues, la trombe ou le courant ascendant d'un orage, est physiquement plausible et largement accepté. En revanche, aucune des sources consultées ne décrit un cas suivi de bout en bout, depuis l'aspiration jusqu'à la chute.

Chaque cas doit donc être examiné à part. Certains relèvent sans doute d'animaux sortis du sol ou débordés d'un fossé pendant la pluie. Le cas de Yoro, régulier et localisé, n'a pas fait l'objet d'une étude publiée que nous ayons pu lire, et l'hypothèse des eaux souterraines y reste ouverte.

Les explications examinées

Retenue
Animaux aspirés par une trombe ou un courant ascendant d'orage, puis relâchés plus loin

Explication des services et sociétés météorologiques ; mécanisme plausible, jamais suivi de bout en bout.

Plausible
Animaux sortis du sol ou des fossés pendant la pluie (crapauds, grenouilles)

Explication de Dickerson (1906) reprise en 1945 ; valable pour des amphibiens, pas pour des poissons sur sol sec.

Débattue
Poissons remontés d'eaux souterraines (Yoro)

Hypothèse locale citée par la presse ; aucune étude publiée consultée.

Écartée
Intervention miraculeuse (tradition du père Subirana)

Croyance respectable, hors du champ de la preuve.

Questions ouvertes

  • Quelles espèces tombent à Yoro, et d'où viennent-elles ?
  • Peut-on un jour suivre une chute de poissons par radar météorologique, de l'aspiration à la retombée ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Athénée de Naucratis, Les Deipnosophistes, livre VIII (333a-b), traduction anglaise de la Loeb Classical Library, vol. IV (1930) — LacusCurtius (Université de Chicago) Niv. 1
  2. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre II, § 102-175, traduction de H. Rackham (1952) — Attalus.org Niv. 1
  3. E. W. Gudger, « Rains of Fishes », Natural History, novembre-décembre 1921 (réédition « Picks from the Past ») — Natural History Magazine Niv. 3
  4. Rains of Fishes, Toads, and Frogs, Fishery Leaflet 130 (juillet 1945), Division of Fishery Biology — U.S. Fish and Wildlife Service (archives NOAA Fisheries) Niv. 3
  5. Spooky weather (section « Plague of frogs ») — Royal Meteorological Society, MetMatters Niv. 3
  6. Lluvia de peces en Yoro : misterio revelado (6 décembre 2023) — La Prensa (Honduras) Niv. 4
  7. It's Raining Fish, Hallelujah! Mysterious Lluvia de Peces Lands Again In Honduras (d'après El Heraldo et La Tribuna) — Worldcrunch Niv. 4
  8. Fish rain from the sky at Lajamanu, NT (reprise d'ABC Alice Springs, 21 février 2023) — Council of Australasian Museum Directors Niv. 4
  9. Annie Hesse, « Outback rain dumps fish on Lajamanu residents in freak weather event » (22 février 2023) — The Canberra Times Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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