Le Hum, bourdonnement mystérieux
Bristol (Royaume-Uni), Taos (États-Unis), Windsor (Canada) · années 1970 – 2020
La nature prise pour du paranormal Esprit critique et perception
Un grondement sourd, comparé à un camion qui tourne au ralenti, que la plupart des gens n'entendent pas. Depuis les années 1970, des habitants de Bristol, de Taos au Nouveau-Mexique ou de Windsor au Canada se plaignent de ce « Hum ». Des scientifiques ont posé des micros, des sismomètres et des antennes. Le résultat est double : à Windsor, une vraie source industrielle a été repérée ; ailleurs, les appareils n'ont rien enregistré, et l'oreille elle-même devient suspecte.
Un bruit que peu de gens entendent
Ceux qui l'entendent le décrivent toujours à peu près de la même façon. C'est un ronronnement grave et régulier, que l'on compare à un camion qui tourne au ralenti. Il empêche certains de dormir. À Windsor, le chercheur Colin Novak résume : ce n'est pas ce que l'on entend, c'est ce que l'on ressent.
Le trait le plus étrange est ailleurs : dans une même maison, une personne l'entend et l'autre non. Selon les études citées par la presse scientifique, environ 2 % des habitants d'une zone concernée disent percevoir le bruit. Les anglophones l'appellent simplement « the Hum », le bourdonnement. Le mot recouvre des situations très différentes, et c'est la clé du dossier.
Bristol, les premiers récits
Les premiers récits souvent cités viennent d'Angleterre, au milieu des années 1970. À Bristol, des habitants écrivent au journal local pour se plaindre d'un grondement sourd. Plusieurs coupables sont proposés : la circulation routière, des usines qui tournent jour et nuit, ou les grands ventilateurs d'un entrepôt voisin. Aucune source primaire de cette époque n'a pu être consultée pour ce dossier ; ces détails viennent de la presse récente.
Le phénomène n'est pas limité à Bristol. Dans un article publié dans les Proceedings de l'Institute of Acoustics, le chercheur R. E. Walford estime qu'en Angleterre « au moins 1 000 » personnes, et probablement beaucoup plus, se plaignent d'un bourdonnement constant que personne d'autre n'entend. La copie consultée ne donne pas la date de l'article, mais ses références datent des années 1970.
Taos, l'enquête qui ne trouve rien
Au début des années 1990, le Hum devient célèbre aux États-Unis. À Taos, petite ville du nord du Nouveau-Mexique, des habitants se plaignent d'un son grave et pénible. Les élus de l'État au Congrès demandent une enquête. À l'été 1993, une équipe réunit des chercheurs des laboratoires nationaux de Sandia et de Los Alamos, du laboratoire Phillips de l'US Air Force et de l'Université du Nouveau-Mexique.
Les chercheurs mesurent en même temps les sons, les vibrations du sol et les champs électriques, magnétiques et électromagnétiques. Comme les auditeurs situent le son entre 30 et 100 hertz, ils se concentrent sur cette bande. Ils ne trouvent rien qui dépasse le bruit de fond, alors que leur micro est très sensible. En 1994, Joe Mullins et Horace Poteet présentent ce résultat négatif devant l'Acoustical Society of America. Ils en tirent une conclusion prudente : il faut étudier l'audition humaine dans les très basses fréquences, et comparer des habitants qui entendent le son avec d'autres qui ne l'entendent pas.
Une étude de 2016 rappelle que, à Taos, chaque auditeur situait le son à une hauteur différente, entre 30 et 80 hertz. Si une seule machine émettait le bruit, tous devraient entendre la même note. Ce détail oriente les soupçons vers l'oreille de chacun.
Windsor, l'enquête qui trouve une source
Le cas de Windsor, en Ontario, est très différent. En mars 2011, le ministère de l'Environnement de l'Ontario reçoit les premières plaintes d'habitants. Ils décrivent un bruit grave et des vibrations.
De juin à août 2011, Ressources naturelles Canada installe des sismomètres. Ils enregistrent un signal régulier, d'une fréquence dominante d'environ 35 hertz. L'agence désigne l'île Zug comme lieu le plus probable. Cette île industrielle se trouve en face de Windsor, de l'autre côté de la rivière Detroit, sur la commune de River Rouge, au Michigan. U.S. Steel y exploite des hauts fourneaux.
En janvier 2013, le gouvernement fédéral confie une étude aux universités de Windsor et Western. Les résultats sont rendus publics le 23 mai 2014. Ils ne concordent pas tout à fait. L'équipe de Colin Novak, à l'Université de Windsor, conclut que le bruit vient probablement des hauts fourneaux de l'île Zug. L'équipe de Western, avec deux réseaux de capteurs d'infrasons, trouve des signaux de 30 et 35 hertz pendant les plaintes, mais leur direction passe nettement au sud de l'île. Elle évoque d'autres sources possibles, comme une carrière ou des ventilations industrielles. Aucune des deux équipes ne parvient à une identification certaine. L'Université de Windsor recommande de pouvoir mesurer sur l'île même, pendant les épisodes de bruit.
La preuve vient d'une décision économique. U.S. Steel annonce fin 2019 l'arrêt d'une grande partie de son usine des Grands Lacs, dont l'île Zug, à partir du 1er avril 2020 environ. Quelques mois plus tard, Colin Novak déclare à la Presse canadienne qu'il n'a plus connaissance d'aucune plainte. Il explique que les hauts fourneaux tournaient au-delà de leur capacité normale et faisaient vibrer la structure métallique de l'usine.
L'oreille comme source
Si Windsor avait une cause extérieure, beaucoup d'autres cas n'en ont pas. L'acouphène est l'explication la plus souvent avancée. C'est un son que le système auditif produit lui-même, sans source extérieure. On le connaît surtout sous forme de sifflement aigu, mais il peut aussi être grave.
Walford a testé en laboratoire dix-huit personnes qui se plaignaient d'un bourdonnement, et les a comparées à dix-neuf témoins. La plupart situaient leur bruit entre 31 et 63 hertz. Il a soumis huit d'entre elles à un test avec un casque antibruit. Cinq n'ont pas pu le terminer, car leur bourdonnement n'était pas audible dans une pièce calme. Les trois autres entendaient encore le bourdonnement et ont décrit un acouphène. Pour Walford, cela montre qu'au moins certains plaignants souffrent d'un acouphène basse fréquence, et que leur soulagement relève de la médecine plutôt que de l'isolation phonique.
En 2016, le chercheur F. G. Frosch a interrogé 162 auditeurs. Il a relevé trois signes : le Hum interagit avec les sons extérieurs, il s'arrête parfois quand on tourne la tête, et il ne revient que deux ou trois jours après un long voyage en avion. Au moins un de ces signes est présent chez 73 % des personnes interrogées. Frosch en conclut que, pour la plupart d'entre elles, le Hum serait une forme rare d'acouphène, née dans l'oreille interne. L'auteur reconnaît que son échantillon est limité et vient surtout d'une seule région.
Le « hum » de la Terre, un faux ami
Une autre piste revient souvent : les microséismes. Les vagues de l'océan font vibrer le sol en permanence. En 2015, Fabrice Ardhuin et ses collègues ont expliqué comment ces vagues produisent un « hum » sismique de la planète. Le mot est le même, mais le phénomène n'a rien à voir.
Ces vibrations ont des périodes de 3 à 300 secondes. Une oscillation peut donc durer plusieurs minutes. L'oreille humaine, elle, ne perçoit en général pas les sons en dessous de 20 hertz, c'est-à-dire vingt vibrations par seconde. Les microséismes sont donc au moins soixante fois, et jusqu'à des milliers de fois, trop lents pour être entendus. Ils restent une hypothèse citée dans la presse, mais rien ne les relie au bruit décrit par les plaignants.
Ce que les sources permettent de dire
Le Hum n'est pas un phénomène unique. À Windsor, une source industrielle réelle a été mesurée, localisée de façon probable, puis confirmée par son arrêt. À Taos, des mesures soignées n'ont trouvé aucun son extérieur, et les auditeurs ne s'accordaient même pas sur la hauteur de la note. Entre les deux, chaque cas demande sa propre enquête.
Les études sur l'oreille montrent qu'un acouphène basse fréquence explique bien certains cas, mais pas forcément tous. Les hypothèses plus spectaculaires, comme des émissions militaires ou des ondes inconnues, n'ont reçu aucune confirmation. La souffrance des personnes qui entendent le bruit, elle, est bien réelle, qu'il vienne d'une usine ou de leur propre oreille.
Les explications examinées
Démontrée à Windsor : signal mesuré à 35 Hz et disparition après l'arrêt de l'île Zug en 2020.
Tests de Walford et enquête de Frosch (2016) ; explique bien les cas sans signal mesurable, comme Taos.
Périodes de 3 à 300 s, bien en dessous du seuil de l'audition.
Les auditeurs ne s'accordent pas sur la fréquence ; Windsor a une cause locale.
Hypothèses citées par la presse, sans résultat ; aucun signal correspondant mesuré à Taos en 1993.
Questions ouvertes
- Quelle proportion des cas de Hum a une cause extérieure mesurable ?
- Quelles étaient exactement les sources des plaintes de Bristol dans les années 1970 ?
Sources
Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.
- Windsor Hum Study: Summary of Results (résumés des rapports de l'Université de Windsor et de l'Université Western), 23 mai 2014 — Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada Niv. 1
- Joe H. Mullins et Horace Poteet, « A perceived low-frequency sound in Taos, New Mexico », résumé 5aNS2, 128e congrès de l'Acoustical Society of America, Austin, 1994 — Acoustical Society of America (archive auditory.org) Niv. 2
- R. E. Walford, « Some individual factors in low frequency noise complainants », Proceedings of the Institute of Acoustics — Institute of Acoustics Niv. 2
- F. G. Frosch, « Manifestations of a low-frequency sound of unknown origin perceived worldwide, also known as "the Hum" or the "Taos Hum" », International Tinnitus Journal 20:1 (2016), p. 59-63 — International Tinnitus Journal Niv. 2
- Fabrice Ardhuin, Lucia Gualtieri et Eléonore Stutzmann, « How ocean waves rock the Earth: Two mechanisms explain microseisms with periods 3 to 300 s », Geophysical Research Letters 42 (2015), p. 765-772 — Institut de physique du globe de Paris (copie d'auteur) Niv. 2
- Marc Lallanilla, « Mysterious Hum Driving People Crazy Around the World », 25 juillet 2013 — Live Science Niv. 4
- Chas Newkey-Burden, « "The Hum": the real-life noise behind The Listeners », 22 novembre 2024 — The Week UK Niv. 4
- Jake Kivanç, « Infamous Windsor Hum finally dies down after U.S. Steel idles Zug Island plant », La Presse canadienne, 27 juillet 2020 (reprise SooToday) — The Canadian Press / SooToday Niv. 4
- « Possible Windsor Hum source could quiet down in April » — CTV News Windsor Niv. 4
Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.