Les lumières de Marfa
Marfa, Texas (États-Unis) · 1883 – aujourd'hui
Ciel, espace et SETI La nature prise pour du paranormal
La nuit, dans le désert de l'ouest du Texas, des boules de lumière apparaissent au-dessus de la plaine, brillent, s'éteignent et réapparaissent plus loin. On les appelle les lumières de Marfa. L'État du Texas leur a construit une aire d'observation au bord de la route. Des étudiants en physique, des ingénieurs et des passionnés les ont filmées. Leur conclusion : la plupart sont des phares de voitures sur une route lointaine. Un cas semblable existe en Caroline du Nord, à Brown Mountain, étudié dès 1922.
Des boules de lumière dans le désert
Marfa est une petite ville du comté de Presidio, dans l'ouest du Texas. Les nuits claires, entre la ville et le col de Paisano, des lumières apparaissent au loin. Les témoins parlent de boules de lumière qui semblent flotter au-dessus de la plaine, s'éteindre puis se rallumer un peu plus loin.
Ces lumières sont devenues une attraction. Le département des Transports du Texas a aménagé une aire de stationnement au bord de l'US 90, à environ neuf miles, soit 14 kilomètres, à l'est de Marfa. Un centre d'observation y a été construit en 2003. Selon le magazine Texas Monthly, il a coûté environ 720 000 dollars de fonds fédéraux et d'État. On y trouve des jumelles et des panneaux explicatifs.
Un récit qui remonte à 1883
Selon le Handbook of Texas, l'encyclopédie de l'Association historique de l'État, le premier récit date de 1883. Un jeune cow-boy, Robert Reed Ellison, conduit du bétail à travers le col de Paisano. Il voit une lumière vacillante et se demande s'il s'agit d'un feu de camp apache. On ne trouve ensuite aucune trace de campement. Le Handbook rapporte aussi qu'un couple de colons, Joe et Sally Humphreys, a vu les lumières en 1885.
D'autres récits suivent. Pendant la Première Guerre mondiale, certains craignent que les lumières servent à guider une invasion. En 1919, des cow-boys partent à leur recherche et ne trouvent rien. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des pilotes de la base aérienne de Midland les cherchent depuis le ciel, sans plus de succès. Ces récits anciens sont transmis par la tradition locale. Ils ne permettent pas de savoir ce que les témoins ont réellement vu, ni à quelle distance.
Les étudiants de Dallas et la route 67
Au début des années 2000, un groupe d'étudiants de la Society of Physics Students de l'Université du Texas à Dallas décide d'étudier les lumières sur place. Selon Jeff Klenzing, l'un d'eux, interrogé par Texas Monthly, douze étudiants sont venus en mai 2004 et ont campé à Fort Davis. Ils avaient prévu huit expériences, dont trois ont bien fonctionné. Leur matériel comprenait des lasers, des talkies-walkies, un compteur de circulation, une voiture d'observation et une caméra rapide.
La date exacte des observations reste incertaine. Les auteurs d'un rapport de 2020 sur les photographies de Marfa citent le texte des étudiants et le datent des nuits du 11 et du 13 mai 2005. Les deux sources s'accordent en revanche sur la publication : le rapport a été rendu public en décembre 2005.
La méthode était simple. Pendant que certains filmaient depuis l'aire d'observation, d'autres comptaient les véhicules sur l'US 67, la route qui relie Marfa à Presidio, au sud. Une voiture d'observation roulait sur cette route, en contact radio avec le groupe. Les étudiants ont ainsi constaté que les apparitions suivaient le passage des voitures. Leur conclusion, citée par le rapport de 2020 : toutes les lumières mystérieuses qu'ils ont vues ces nuits-là peuvent être attribuées aux phares d'automobiles circulant sur l'US 67. Les auteurs de ce rapport jugent toutefois l'étude « extrêmement limitée », car elle ne couvre que quelques nuits.
Ce que montrent les appareils
D'autres chercheurs ont repris la question avec des moyens plus lourds. Le journaliste de Texas Monthly a lui-même observé, depuis l'aire d'observation, des lumières qui suivaient la circulation sur la route ; un ancien Texas Ranger lui a confirmé que la plupart du temps, ce sont des phares sur la route de Presidio. Le journaliste maintient pourtant que certaines observations, dont la sienne, ne ressemblaient pas à des voitures.
En 2009, l'ingénieur Karl Stephan, de l'Université d'État du Texas, et ses collègues publient dans l'American Journal of Physics une campagne de vingt nuits. Ils associent un télescope, un spectromètre, un enregistrement vidéo et la position exacte de chaque lumière. La lumière d'un objet porte la signature de sa source : une lampe de voiture, un lampadaire et un feu ne donnent pas le même spectre. Cette méthode a permis d'identifier sans ambiguïté des lampadaires lointains, des phares et des feux parmi les lumières suspectes.
Dans une communication, Karl Stephan examine aussi les hypothèses plus exotiques. Les phares et les mirages sont visibles sur le site, mais il les juge en général faciles à reconnaître. La combustion de gaz naturel pourrait fournir assez d'énergie pour certaines observations, pas pour toutes. L'antimatière et les petits trous noirs sont écartés par le calcul. Interrogé par Live Science en 2013, il résumait : il n'y a pas de faits prouvés.
Mirage, gaz ou électricité des roches
Plusieurs explications naturelles ont été proposées. Le Handbook of Texas juge la plus plausible un phénomène proche du mirage. Dans le désert, des couches d'air de températures différentes courbent la lumière. Une lumière lointaine, située sous l'horizon, peut alors paraître flotter, trembler ou se dédoubler. Ce mécanisme s'accorde bien avec l'explication par les phares : il expliquerait pourquoi des voitures lointaines ressemblent à des boules suspendues dans l'air.
D'autres pistes restent sans preuve. Certains évoquent des gaz qui s'enflamment spontanément, comme le méthane ou la phosphine. L'ingénieur James Bunnell, qui surveille la plaine avec des caméras automatiques depuis le début des années 2000, a proposé une électricité produite par les roches sous pression. D'autres parlent d'extraterrestres ou de fantômes de conquistadors. Aucune de ces hypothèses n'a été confirmée par une mesure.
Brown Mountain, le cas de la Caroline du Nord
Un cas très semblable existe à l'autre bout du pays. Près de Brown Mountain, dans le comté de Burke, en Caroline du Nord, des habitants voient depuis longtemps des lumières danser au-dessus de la montagne. En octobre 1913, à la demande d'un élu, l'US Geological Survey envoie le géologue D. B. Sterrett. Il conclut que ce ne sont que des phares de locomotives vus par-dessus la montagne. Mais en 1916, une crue coupe les voies ferrées pendant des semaines, et les lumières sont toujours signalées.
En mars et avril 1922, le géologue George Rogers Mansfield reprend l'enquête. Il observe pendant sept soirées et mesure la direction de chaque lumière avec des instruments. Sa conclusion est nette : les lumières de Brown Mountain ne sont pas d'une nature inhabituelle. Environ 47 % de celles qu'il a pu étudier viennent de phares d'automobiles, 33 % de phares de locomotives, 10 % de lumières fixes et 10 % de feux de broussailles. Il note que l'œil se trompe facilement la nuit sur le mouvement d'un objet lointain.
Le mystère n'a pas disparu pour autant. Le physicien Dan Caton, de l'Université d'État des Appalaches, étudie les lumières depuis plus de vingt ans ; l'ingénieur Lee Hawkins l'a rejoint en 1999. Ils ont installé des caméras dans deux maisons face à la montagne, qui filment toute la nuit. Ils espéraient relier les lumières à la météo ou à l'activité magnétique, mais en ont capté trop peu. Ils conseillent aux visiteurs d'apprendre d'abord à reconnaître les lumières ordinaires : antennes, avions, voitures, planètes. La presse locale signale aussi une légende qui attribue les lumières à des femmes cherchant leurs guerriers morts au combat ; nous n'avons pas trouvé de source qui en établisse l'origine.
Ce que les sources permettent de dire
À Marfa comme à Brown Mountain, chaque fois que des chercheurs ont mesuré la position des lumières, la plupart se sont révélées être des sources ordinaires : phares de voitures ou de trains, lampadaires, feux. La distance, l'air du désert ou de la montagne et la difficulté de juger un mouvement la nuit suffisent à les rendre étranges.
Cela ne prouve pas que chaque récit ancien soit une erreur. Celui d'Ellison en 1883 précède l'automobile, et certains témoins décrivent des lumières très proches. Mais ces récits ne sont pas documentés assez précisément pour être vérifiés. Aucune lumière d'origine inconnue n'a, à ce jour, été mesurée de façon convaincante.
Les explications examinées
Étude des étudiants de l'UT Dallas et campagne spectroscopique de 2009 ; même conclusion à Brown Mountain en 1922.
Jugé le plus plausible par le Handbook of Texas ; complète l'explication par les phares.
Identifiés par spectroscopie à Marfa et par Mansfield à Brown Mountain.
Énergie suffisante pour certains cas selon Stephan ; aucune mesure ne le confirme.
Aucune donnée ; l'antimatière et les trous noirs sont exclus par le calcul.
Questions ouvertes
- Que voyaient les témoins de Marfa avant l'arrivée des voitures dans la région ?
- Les observations des étudiants de l'UT Dallas datent-elles de mai 2004 ou de mai 2005 ?
Sources
Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.
- George Rogers Mansfield, The Brown Mountain Light in North Carolina, communiqué de presse n° 14328 de l'US Geological Survey (1922) : introduction — Appalachian State University (transcription, département de physique) Niv. 1
- George Rogers Mansfield, The Brown Mountain Light in North Carolina (1922) : conclusions — Appalachian State University (transcription, département de physique) Niv. 1
- Julia Cauble Smith, « Marfa Lights », Handbook of Texas Online (1995, révisé en 2017) — Texas State Historical Association Niv. 3
- Karl D. Stephan, Sagar Ghimire, William A. Stapleton et James Bunnell, « Spectroscopy applied to observations of terrestrial light sources of uncertain origin », American Journal of Physics 77:8 (2009), p. 697-703 — American Association of Physics Teachers / AIP Niv. 2
- Karl Stephan, « What Marfa Lights Probably Aren't », résumé de communication — American Physical Society (archives des congrès) Niv. 2
- Michael Hall, « The Truth Is Out There », Texas Monthly, juin 2006 — Texas Monthly Niv. 4
- Marc Lallanilla, « What Are the Marfa Lights? », 19 juin 2013 — Live Science Niv. 4
- Manuel Borraz Aymerich et Vicente-Juan Ballester Olmos, The Marfa Lights: Examining the Photographic Evidence (2003-2007), FOTOCAT Report n° 8 (2020) — Academia.edu (rapport d'auteurs) Niv. 4
- Meghan Danahey, « Have you seen them? Fascination with NC's mysterious Brown Mountain Lights spans decades », 17 avril 2022 — WLOS (ABC, Asheville) Niv. 4
Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.