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NX-050 · Rencontre militaire

L'incident du Nimitz (« Tic Tac », 2004)

Océan Pacifique, au large de San Diego (États-Unis) · 2004 – 2023

Ciel, espace et SETI Enquêtes officielles et archives

Bilan · Observation militaire réelle et non résolue ; aucune preuve d'une technologie extraordinaire Dossier approfondi9 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

En novembre 2004, au large de la Californie du Sud, des pilotes de chasse de la marine américaine disent avoir croisé un objet blanc et lisse, sans ailes, qui ressemblait à un bonbon Tic Tac. Treize ans plus tard, une vidéo infrarouge de la même mission fait le tour du monde. En 2020, le Pentagone publie officiellement trois vidéos et les qualifie de phénomènes « non identifiés ». L'affaire a poussé le Congrès et le renseignement américain à créer des structures d'enquête. Elle reste aussi l'objet d'analyses sceptiques qui contestent le caractère extraordinaire des images.

Un exercice qui change de cible

En novembre 2004, le porte-avions USS Nimitz et son groupe aéronaval s'entraînent au large de la Californie du Sud. Le 14 novembre, le commandant David Fravor, chef de l'escadron de chasse VFA-41, décolle à bord d'un F/A-18F avec un officier à l'arrière. Un second appareil l'accompagne. La mission prévue est un combat aérien d'entraînement, guidé par le croiseur USS Princeton.

Selon le témoignage de Fravor devant le Congrès en 2023, l'exercice est interrompu et l'équipage reçoit une mission réelle. Le contrôleur leur explique que des objets sont observés depuis plus de deux semaines. Ils descendraient de plus de 80 000 pieds jusqu'à 20 000 pieds, resteraient là des heures, puis remonteraient tout droit. Il s'agit du récit de Fravor, qui rapporte ce que le contrôleur lui a dit : les données radar elles-mêmes n'ont pas été rendues publiques.

Ce que Fravor dit avoir vu

Arrivés sur zone, les équipages remarquent une étendue d'eau blanche, agitée, à la surface de la mer. Au-dessus, Fravor décrit « un objet blanc en forme de Tic Tac », orienté nord-sud, qui se déplace de façon très brusque, « comme une balle de ping-pong ». Il ne voit ni rotor, ni souffle, ni ailes, ni gouvernes. Selon CBS News, l'objet avait à peu près la taille de son avion et ne portait aucune marque.

Fravor descend en cercle vers l'objet. Il raconte que celui-ci s'oriente alors vers son avion et commence à monter. Les avions sont à environ 15 000 pieds, l'objet à 12 000. Quand Fravor arrive à un demi-mille, l'objet accélère devant lui et disparaît. Peu après, le contrôleur annonce que la cible se trouve à leur point de rendez-vous, à environ 60 miles, moins d'une minute plus tard. En se retournant, les équipages constatent aussi que l'eau agitée a disparu.

Fravor insiste sur un point : ils étaient « quatre paires d'yeux pendant cinq minutes ». Parmi ces témoins figure la pilote Alex Dietrich. Citée en 2021 par le San Diego Union-Tribune, elle met en garde contre les conclusions hâtives, mais décrit un objet « différent de tout ce qu'on avait vu ».

La vidéo FLIR

Après l'atterrissage de Fravor, un autre équipage décolle. Il enregistre avec le pod de ciblage infrarouge ATFLIR une vidéo d'environ 90 secondes. Fravor affirme aussi que le radar de bord APG-73 a subi un brouillage, et que les enregistrements radar n'ont jamais été publiés.

Cette vidéo, appelée « FLIR », a d'abord circulé sans autorisation. Selon The War Zone, elle est apparue en ligne en 2007, puis est devenue une affaire nationale en 2017, en même temps que deux autres vidéos, « Gimbal » et « GoFast ». En septembre 2019, la marine confirme à un demandeur d'accès aux documents qu'elles sont authentiques, tout en précisant que leur diffusion n'a jamais été autorisée.

Le Pentagone et le renseignement s'en mêlent

Le 27 avril 2020, le département de la Défense autorise la publication officielle des trois vidéos : une de novembre 2004 et deux de janvier 2015. Son communiqué explique que leur diffusion « ne révèle aucune capacité ni aucun système sensible » et vise à « dissiper les idées fausses du public ». Il ajoute que les phénomènes observés « restent qualifiés de non identifiés ». Les fichiers sont déposés dans la salle de lecture FOIA du commandement des systèmes aériens de la marine.

Le 25 juin 2021, le bureau du directeur du renseignement national (ODNI) remet au Congrès une évaluation préliminaire. Elle porte sur 144 signalements venus de sources gouvernementales, de novembre 2004 à mars 2021. Un seul est identifié avec certitude : un gros ballon en train de se dégonfler. Dix-huit incidents montrent des mouvements inhabituels, mais le rapport précise que cela peut venir d'erreurs de capteurs, de leurres ou de mauvaises perceptions. Il conclut que les données de qualité sont trop rares pour tirer des conclusions fermes, et que ces phénomènes posent au moins un problème de sécurité aérienne.

Le 15 juillet 2022, un mémorandum du secrétaire adjoint à la Défense crée l'All-domain Anomaly Resolution Office, ou AARO. Ce bureau devient l'organe de référence du Pentagone sur ces questions, et la task force de la marine, l'UAPTF, est dissoute. Le 26 juillet 2023, Fravor témoigne sous serment devant une sous-commission de la Chambre des représentants, aux côtés de l'ancien pilote Ryan Graves et de l'ancien officier de renseignement David Grusch. Grusch précise lui-même qu'il rapporte des faits « tels qu'on [les] lui a racontés ».

Des chiffres extraordinaires, mais fragiles

En 2019, le physicien Kevin Knuth et deux coauteurs publient dans la revue Entropy une estimation des performances de l'objet. À partir des récits radar, ils calculent une accélération d'environ 5 000 g lors des descentes, et environ 75 g sur la vidéo FLIR, en supposant que l'objet mesure 40 pieds. Ces chiffres donnent une vitesse et une puissance hors de portée de toute technologie connue.

Les auteurs reconnaissent eux-mêmes les limites de leur travail. Leur analyse radar repose sur des entretiens, non sur les données brutes : « sans données radar détaillées, il est impossible de connaître l'accélération ». La taille et la masse de l'objet sont des hypothèses. Ils notent aussi que plusieurs drones se trouvaient dans la zone et que l'identité de l'objet suivi n'est pas certaine.

Les analyses sceptiques

Les sceptiques s'attaquent surtout à la vidéo. Selon le San Diego Union-Tribune, Mick West, qui anime le site Metabunk, soutient que la forme du « Tic Tac » est un reflet sur l'objectif, produit par une source chaude lointaine, peut-être les deux réacteurs d'un avion qui s'éloigne. Il affirme que le brusque départ vers la gauche, à la fin, vient de la caméra qui perd sa cible, et non de l'objet. Les mouvements du pod et de l'avion, combinés au fort grossissement, peuvent aussi créer un effet de parallaxe.

Cette lecture reste débattue : Fravor répond que des personnes qui n'ont jamais utilisé ce système en tirent des conclusions abusives. Le rapport de la NASA de 2023 ne traite pas la vidéo FLIR, mais il montre, à propos de la vidéo GoFast, comment les données affichées à l'écran conduisent à une interprétation beaucoup moins extraordinaire, la vitesse apparente venant du mouvement du capteur et de la parallaxe. Il rappelle que les capteurs militaires ne sont pas conçus pour identifier ces objets, et que les observateurs peuvent se tromper sur les distances et les vitesses.

Ce que les sources permettent de dire

Les témoignages des pilotes sont précis, concordants et donnés sous serment. La vidéo est authentique et publiée par le Pentagone, qui la classe comme « non identifiée ». Mais « non identifié » ne veut pas dire extraordinaire : les données radar brutes n'ont jamais été publiées, et la vidéo seule ne permet pas de mesurer la distance, la taille ni la vitesse de l'objet.

Selon la NASA, il n'existe aucune preuve concluante d'une origine extraterrestre pour ces phénomènes. L'affaire du Nimitz reste ouverte, faute de données, mais elle a eu un effet durable : elle a poussé les institutions américaines à recueillir et à étudier ces signalements de façon plus systématique.

Les explications examinées

Retenue
Objet réel non identifié, observé par plusieurs témoins et capteurs, faute de données publiques suffisantes

Témoignages sous serment et vidéo authentifiée ; données radar non publiées.

Débattue
Vidéo FLIR : reflet d'une source chaude lointaine, comme un avion, et effets de caméra

Analyse de Mick West ; contestée par les pilotes, non tranchée officiellement.

Plausible
Drone, ballon ou appareil militaire secret

Plusieurs drones étaient dans la zone selon Knuth et al. ; aucun appareil n'a été identifié.

Plausible
Erreurs de capteurs, leurres ou mauvaise perception

Hypothèses générales avancées par l'ODNI et la NASA pour les cas de mouvements inhabituels.

Écartée
Engin à technologie extraterrestre

Les accélérations calculées reposent sur des hypothèses fragiles ; aucune preuve selon la NASA ; la croyance reste hors du champ de la preuve.

Questions ouvertes

  • Que montrent les enregistrements radar bruts du Princeton et des avions, s'ils ont été conservés ?
  • L'AARO publiera-t-elle une analyse détaillée de la rencontre du 14 novembre 2004 ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Unidentified Anomalous Phenomena: Implications on National Security, Public Safety, and Government Transparency, audition du 26 juillet 2023 (témoignages de David Fravor, Ryan Graves et David Grusch), Serial No. 118-53 — U.S. Government Publishing Office (govinfo) Niv. 1
  2. Office of the Director of National Intelligence, Preliminary Assessment: Unidentified Aerial Phenomena (25 juin 2021) — Intelligence.gov (ODNI) Niv. 1
  3. Deputy Secretary of Defense, mémorandum « Establishment of the All-domain Anomaly Resolution Office » (15 juillet 2022) — U.S. Department of Defense Niv. 1
  4. Kevin H. Knuth, Robert M. Powell et Peter A. Reali, « Estimating Flight Characteristics of Anomalous Unidentified Aerial Vehicles », Entropy 21:10 (2019), 939 — MDPI (via PubMed Central) Niv. 2
  5. UAP Independent Study Team, Final Report (2023) — NASA Niv. 3
  6. Joseph Trevithick, « Navy Officially Releases Controversial UFO Videos » (27 avril 2020) — The War Zone Niv. 4
  7. John Greenewald Jr., article sur la publication officielle des vidéos de la marine (27 avril 2020), avec le texte du communiqué du Pentagone — The Black Vault Niv. 4
  8. Aliza Chasan, « The story behind the "Tic Tac" UFO sighting by Navy pilots in 2004 » (26 juillet 2023) — CBS News Niv. 4
  9. Andrew Dyer, « Those Amazing Navy UFO Videos May Have Down-to-Earth Explanations, Skeptics Contend », San Diego Union-Tribune (1er juin 2021) — Aviation Pros (reprise du San Diego Union-Tribune) Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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