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NX-053 · Énigme historique

Kaspar Hauser

Nuremberg et Ansbach (Allemagne) · 1828 – 1833

Enquêtes officielles et archives

Bilan · Théorie du prince de Bade exclue par l'ADN mitochondrial (2024) ; origine toujours inconnue Dossier approfondi8 min de lecture · rédigé le 20 octobre 2026 · mis à jour le 20 octobre 2026

Le 26 mai 1828, un jeune homme titubant apparaît dans les rues de Nuremberg, une lettre à la main. Il ne sait presque pas parler et dit avoir grandi enfermé dans un réduit obscur. Cinq ans plus tard, il meurt d'un coup de couteau à Ansbach. Très vite, on a vu en lui un prince de Bade volé au berceau. Deux siècles d'enquêtes, puis plusieurs analyses ADN, ont fini par écarter cette théorie. Mais personne ne sait toujours qui il était.

Un garçon à la porte de Nuremberg

Le lundi de Pentecôte 26 mai 1828, un habitant de Nuremberg remarque près d'une porte de la ville un jeune homme en habits de paysan. Il marche avec peine et tient une lettre adressée à un capitaine de cavalerie. On le conduit au poste de garde, puis chez le capitaine, puis à la police. Il ne répond presque à rien. Il sait seulement écrire un nom : Kaspar Hauser.

La lettre n'est pas signée. Son auteur se présente comme un journalier pauvre. Il dit qu'on lui a laissé un enfant en 1812, le 7 octobre selon la notice de l'Allgemeine Deutsche Biographie. Il l'aurait élevé en secret, sans jamais le laisser sortir. Il souhaite qu'il devienne cavalier, comme son père. Une seconde lettre, attribuée à la mère, donne une date de naissance : le 30 avril 1812. Aucun document ne confirme ces dates.

Le jeune homme répète sans cesse quelques phrases en dialecte. La plus connue peut se traduire par « je veux être cavalier, comme mon père l'a été ». Selon Anselm von Feuerbach, ces sons appris lui servaient à exprimer toutes ses idées.

Le récit de l'enfermement

Feuerbach est président d'une cour d'appel bavaroise. En 1832, il publie un récit tiré des pièces de l'enquête, traduit la même année à Boston. Il y rapporte ce que Kaspar a raconté de son enfance. Il aurait vécu dans une petite pièce basse qu'il appelait sa « cage ». Il restait assis par terre, le dos droit, même pour dormir. Il n'avait jamais vu le ciel.

Sa seule nourriture était du pain et de l'eau, qu'il trouvait à son réveil. Parfois l'eau avait mauvais goût, et il tombait ensuite dans un profond sommeil. Il avait deux chevaux de bois et des rubans, avec lesquels il jouait sans arrêt. Un homme dont il n'a jamais vu le visage lui apportait à manger et lui apprit à écrire et à se tenir debout. Feuerbach précise que ce récit vient de Kaspar lui-même. Rien ne permet de le vérifier de façon indépendante.

Cinq années sous le regard du public

Le jeune homme devient une curiosité. Le magistrat de Nuremberg lance un appel public en juin 1828 pour découvrir le crime supposé. En juillet, Kaspar est confié au professeur Georg Friedrich Daumer, qui entreprend son éducation. En octobre 1829, on le trouve en sang et sans connaissance, avec une légère blessure au front. Il accuse un homme barbu. Aucun coupable n'est trouvé. La notice de la Neue Deutsche Biographie juge cette blessure peut-être mise en scène.

Kaspar change ensuite plusieurs fois de tuteur. À partir de décembre 1831, le lord anglais Stanhope prend en charge son entretien. En décembre 1832, Feuerbach l'installe à Ansbach, chez l'instituteur Johann Georg Meyer. Il y travaille comme copiste. Dans un mémoire secret de 1832, Feuerbach estime qu'il pourrait être de sang princier. Ce texte ne sera publié qu'en 1852.

La mort au jardin du château

Le 14 décembre 1833, en fin d'après-midi, Kaspar rentre chez Meyer avec un coup de couteau au côté gauche. Il dit qu'un inconnu l'a attiré dans le jardin du château d'Ansbach pour le frapper. On retrouve une bourse contenant un billet, dont l'écriture ressemble à celle de la lettre de 1828. Son auteur reste inconnu. Kaspar meurt trois jours plus tard, le 17 décembre 1833.

La question du suicide ou du meurtre divise depuis lors. La notice de 1880 estime que l'autopsie désigne une blessure qu'il se serait faite lui-même, peut-être pour raviver l'intérêt du public. La notice de 1969 affirme au contraire que l'autopsie publiée exclut cette hypothèse. Britannica laisse les deux possibilités ouvertes.

Sa tombe, au cimetière d'Ansbach, porte une inscription restée célèbre : « Ici repose Kaspar Hauser, l'énigme de son temps, d'origine inconnue, de mort mystérieuse ». Un obélisque se dresse dans le jardin du château. Le musée du Margrave d'Ansbach lui consacre aujourd'hui son rez-de-chaussée et conserve ses vêtements tachés de sang.

La théorie du prince de Bade

En 1834, un exilé badois, J. A. Garnier, publie à Strasbourg une brochure qui lance l'idée la plus célèbre. Kaspar serait le fils du grand-duc Charles de Bade et de Stéphanie de Beauharnais. Leur fils, né le 29 septembre 1812, aurait été échangé contre un bébé mourant. Le prince est officiellement mort à 18 jours. Les partisans de cette thèse accusent la comtesse Louise Caroline de Hochberg.

La théorie a ses défenseurs, les « hausériens », et ses adversaires, qui voient en Kaspar un imposteur. En 1876, O. Mittelstädt la réfute à partir de documents du gouvernement de Bade. Au XXe siècle, certains auteurs défendent la thèse d'un crime politique, d'autres celle d'un imposteur qui se blessait lui-même. Le romancier Jakob Wassermann lui consacre un roman en 1908, et Verlaine un poème.

Ce que disent les analyses ADN

En 1996, le magazine Der Spiegel fait analyser du sang prélevé sur un sous-vêtement attribué à Kaspar. Les laboratoires de Munich et de Birmingham étudient l'ADN mitochondrial, transmis par la mère. Le résultat ne correspond pas aux descendants de la maison de Bade. On objecte alors que le vêtement n'est peut-être pas authentique.

En 2001 et 2002, un laboratoire de Münster analyse des cheveux. Un documentaire de la chaîne ZDF annonce une ressemblance avec la lignée de Stéphanie de Beauharnais. Ce résultat n'a pas été publié dans une revue. Selon les auteurs de l'étude de 2024, l'ADN ancien était trop fragmenté pour la méthode de l'époque, qui a capté un ADN plus récent et étranger.

L'étude publiée dans la revue iScience en 2024 reprend le dossier avec le séquençage moderne. Elle est dirigée par Walther Parson, de l'institut de médecine légale d'Innsbruck, avec notamment la généticienne Turi King. Des cheveux de plusieurs mèches ont été analysés séparément, dont une analyse à l'aveugle à Potsdam. Tous donnent le même mitotype, appelé W, identique à celui du sang analysé en 1996. Les auteurs estiment l'authenticité des échantillons à un niveau de 99,9994 %.

La lignée maternelle de Bade porte un autre type, H1bs. Le lien maternel est donc exclu, et la théorie du prince avec lui. Turi King résume : « nos données ne peuvent toujours pas nous dire qui il était ».

Ce qui reste inconnu

L'ADN ne dit pas d'où venait Kaspar. Le type W ne concerne qu'environ 0,2 % de la population, mais il est réparti dans toute l'Europe. Les chercheurs rejettent ainsi une hypothèse de 2018 qui le rattachait au Tyrol à partir d'une ou deux comparaisons. Ils précisent aussi que leur étude ne prouve pas l'imposture : Kaspar a pu être victime d'un crime. Seule une analyse de l'ADN du noyau, à partir de sang ou d'os, pourrait aller plus loin.

Reste donc un jeune homme réel, bien documenté par les archives, dont l'enfance n'est connue que par son propre récit. Sa mort reste discutée. Son identité, elle, demeure ouverte.

Les explications examinées

Écartée
Fils du grand-duc de Bade échangé à la naissance

L'ADN mitochondrial (mitotype W) diffère de la lignée de Bade (H1bs) ; étude de 2024.

Plausible
Enfant d'origine modeste, séquestré puis abandonné

Compatible avec les lettres et son récit ; aucune preuve indépendante.

Débattue
Imposteur qui aurait inventé son passé

Défendue par plusieurs auteurs ; l'étude de 2024 ne permet ni de la confirmer ni de l'exclure.

Débattue
Blessure mortelle de 1833 infligée par lui-même

Les notices de 1880 et de 1969 lisent l'autopsie en sens contraires.

Retenue
Échantillons de 2002 contaminés par un ADN étranger

Explication des auteurs de 2024 ; plusieurs laboratoires concordent sur le type W.

Questions ouvertes

  • Une analyse de l'ADN nucléaire, à partir de sang ou d'os, pourra-t-elle un jour identifier sa famille ?
  • Qui a écrit la lettre de 1828 et le billet de 1833 ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Anselm von Feuerbach, Caspar Hauser: An Account of an Individual Kept in a Dungeon, Separated from All Communication with the World, from Early Childhood to About the Age of Seventeen (Boston, Allen and Ticknor, 1832) — Internet Archive Niv. 1
  2. Walther Parson et al., « Kaspar Hauser's alleged noble origin – New molecular genetic analyses resolve the controversy », iScience 27 (9), 110539 (2024) — University of Bath Research Portal Niv. 2
  3. Hanns Hubert Hofmann, « Hauser, Kaspar », Neue Deutsche Biographie 8 (1969), et W. Höchstetter, Allgemeine Deutsche Biographie 11 (1880) — Deutsche Biographie Niv. 3
  4. Kaspar Hauser — Encyclopaedia Britannica Niv. 3
  5. Communiqué de l'Université de médecine d'Innsbruck sur l'étude parue dans iScience (6 août 2024) — idw – Informationsdienst Wissenschaft Niv. 3
  6. New DNA analysis helps bust 200-year-old royal conspiracy theory (1er août 2024) — University of Bath Niv. 3
  7. New DNA analysis unravels the mystery of 'lost prince' Kaspar Hauser (21 septembre 2024) — CNN Niv. 4
  8. Kaspar Hauser : « Unbekannt seine Herkunft, geheimnisvoll sein Tod » (30 avril 2012) — evangelisch.de Niv. 4
  9. History: Almost two centuries on, who was Kaspar Hauser? (11 décembre 2023) — The Local Germany Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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