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NX-110 · Vague de signalements

Les chevaux mutilés (2020)

France (plus de la moitié des départements) · 2020 – 2021

La France de l'étrange

Bilan · Vague réelle d'inquiétude ; environ 80 % des cas d'origine naturelle ou accidentelle, le reste sans lien entre eux Dossier approfondi7 min de lecture · rédigé le 27 octobre 2026 · mis à jour le 27 octobre 2026

À l'été 2020, la France découvre une série d'histoires effrayantes : des chevaux retrouvés dans leur pré avec une oreille tranchée, un œil arraché, des plaies au couteau. Les signalements se multiplient dans des dizaines de départements. On parle de rituels sataniques, de défis sur internet, d'un tueur en série. La gendarmerie lance une opération nationale et croise des millions de données téléphoniques. Un an plus tard, le bilan officiel est tout autre : sur plus de 500 faits signalés en 2020, environ quatre sur cinq ont une cause naturelle ou accidentelle, et aucun réseau organisé n'a été découvert.

Un été de peur

Les premières affaires sont signalées bien avant 2020. La cellule de vérification du journal Libération recensait déjà des cas depuis novembre 2017. Mais au début du mois d'août 2020, les signalements explosent. Dans l'Yonne, en Côte-d'Or, dans le Haut-Rhin et ailleurs, des propriétaires retrouvent leurs chevaux morts ou blessés, une oreille coupée, un œil arraché, parfois des plaies aux organes génitaux.

L'émotion est immense. Des éleveurs se mettent à surveiller leurs bêtes jour et nuit, et les explications les plus inquiétantes se répandent : rites sataniques, secte, défi lancé sur internet. Début septembre 2020, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin annonce que 153 enquêtes sont ouvertes, dans plus de la moitié des départements, dont 30 cas « particulièrement graves ».

Une enquête de grande ampleur

Le 25 août 2020, la gendarmerie lance une opération nationale. Selon la réponse du ministère de l'Intérieur à une députée, elle mobilise l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, son service central de renseignement criminel, les sections de recherches et l'office central chargé des atteintes à l'environnement et à la santé publique. Un état-major dédié coordonne le tout.

Les moyens sont considérables. Plus de 7 millions de lignes téléphoniques sont croisées pour chercher un auteur présent sur plusieurs lieux. Aucun rapprochement positif n'en sort. Les vétérinaires de la gendarmerie examinent les animaux, et des portraits-robots de suspects sont diffusés.

Une arrestation fait grand bruit. Le 7 septembre, dans le Haut-Rhin, un homme de 50 ans, connu en Allemagne pour des violences sur des animaux, est interpellé sur la foi d'un portrait-robot. Il est relâché le lendemain sans poursuites.

Ce que montrent les autopsies

Dès septembre 2020, un responsable de l'office central chargé de l'environnement, Jacques Diacono, estime que la plupart des cas ne sont pas d'origine humaine : selon lui, 20 à 25 % seulement le seraient. Un responsable explique que les charognards, comme les vautours, s'attaquent d'abord aux « parties les plus tendres » : les oreilles, les yeux, les organes génitaux. Une blessure qui ressemble à une coupure nette peut donc apparaître après la mort.

Le bilan officiel confirme cette tendance. Selon la réponse publiée au Journal officiel le 16 février 2021, 528 faits ont été recensés depuis janvier 2020. Après analyse par l'institut de recherche criminelle et les vétérinaires, 82 seulement sont d'origine humaine, soit 15,5 %. Près de 80 % ont des causes naturelles ou accidentelles : mort par maladie, blessures accidentelles, animaux sauvages et charognards après la mort.

Selon Demotivateur, des gendarmes citent aussi des cas trompeurs, comme un cheval mort d'une occlusion intestinale dont l'arrière-train ensanglanté faisait penser à une mutilation. Beaucoup d'éleveurs restent sceptiques : pour eux, des coupures aussi nettes ne peuvent pas venir d'un blaireau ou d'un renard.

Les cas d'origine humaine

Les faits d'origine humaine sont réels, mais ils ne forment pas une série. Selon le ministère de l'Intérieur, ils sont dispersés, sans lien géographique ni temporel, et aucun n'a été revendiqué. Quelques auteurs ont été identifiés et arrêtés : des personnes au profil déséquilibré ou à tendance zoophile, sans lien les unes avec les autres.

Le 8 décembre 2020, l'auteur de faits commis dans la Meuse en septembre est condamné à un an de prison avec sursis, trois ans d'obligation de soins psychiatriques et une interdiction de fréquenter les lieux équestres, pour des sévices sexuels sur deux juments.

D'autres affaires montrent l'effet de la panique. En juin 2021, à Dieppe, une jeune propriétaire qui avait porté plainte pour la mort de sa jument, présentée comme une nouvelle mutilation, est condamnée pour dénonciation de crime imaginaire et mauvais traitements. Le tribunal a établi qu'elle avait elle-même fait souffrir l'animal.

La fin de la vague

À partir de l'automne 2020, les signalements diminuent. En février 2021, le ministère de l'Intérieur note une « accalmie » par rapport à l'été, tout en reconnaissant que le phénomène, déjà présent les années précédentes, n'est pas « jugulé ».

En octobre 2021, le ministère de l'Agriculture dresse un bilan plus net. Sur 524 faits recensés en 2020, 80 % ont été écartés parce qu'ils ne relevaient pas d'un acte de cruauté. Les 105 faits restants ne permettent pas de conclure à un phénomène en série. Au premier trimestre 2021, sur 103 signalements, 18 seulement sont des maltraitances volontaires commises par une autre personne que le propriétaire. Rapporté à environ un million d'équidés en France, le ministère estime qu'il n'y a pas de phénomène national.

Ce que dit la loi

Au moment de la vague, la peine maximale pour des sévices graves ou un acte de cruauté envers un animal est de deux ans de prison et 30 000 euros d'amende, rappelle l'AFP. Beaucoup d'éleveurs et d'associations jugent alors ces peines trop faibles.

La vague a pesé dans le débat. Dans sa réponse d'octobre 2021, le ministère de l'Agriculture rappelle que le gouvernement soutient la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale, adoptée par l'Assemblée nationale le 21 janvier 2021 et examinée au Sénat à la fin du mois de septembre suivant.

Le même ministère insiste sur les ordres de grandeur. La France compte environ un million d'équidés. Rapportés à ce chiffre, quelques dizaines d'actes de cruauté volontaire par trimestre restent graves pour chaque animal touché, mais ne dessinent pas une attaque organisée contre les chevaux du pays. Depuis 2021, le suivi de ces signalements est assuré par la seule gendarmerie.

Ce que les sources permettent de dire

La vague de 2020 a mêlé de vrais actes de cruauté, commis par des individus isolés, à un grand nombre de morts naturelles ou accidentelles interprétées comme des attaques. La peur et la médiatisation ont multiplié les signalements, ce qui a gonflé l'impression d'une épidémie.

Aucune secte, aucun rituel organisé et aucun réseau n'ont été mis en évidence, malgré une enquête nationale de grande ampleur. Les mobiles des auteurs identifiés restent individuels et, pour une partie des cas, inconnus.

Les explications examinées

Retenue
Morts naturelles ou accidentelles, puis action des charognards, prises pour des mutilations

Près de 80 % des faits selon le bilan officiel de février 2021.

Retenue
Actes de cruauté isolés commis par des individus sans lien entre eux

82 faits d'origine humaine en 2020 ; auteurs identifiés au profil déséquilibré ou zoophile.

Plausible
Effet de panique et de médiatisation (signalements en hausse, fausse plainte)

Hausse brutale en août 2020 ; condamnation pour fausse plainte en 2021.

Écartée
Réseau organisé, secte ou rituel satanique

Aucune revendication ni lien entre les faits malgré l'enquête nationale.

Questions ouvertes

  • Combien des 82 faits d'origine humaine de 2020 ont abouti à un jugement ?
  • Pourquoi les signalements ont-ils autant augmenté en août 2020 ?

Sources

Meilleure source : niveau 1 (source primaire) · barème de la charte éditoriale.

  1. Question écrite n° 35091 de Marie-Christine Dalloz et réponse du ministère de l'Intérieur, JO du 16 février 2021, p. 1465 — Assemblée nationale Niv. 1
  2. Question écrite n° 38419 de Loïc Dombreval et réponse du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, JO du 5 octobre 2021, p. 7360 — Assemblée nationale Niv. 1
  3. AFP, « Is France any closer to solving the shocking series of horse mutilations? » (8 septembre 2020) — The Local France Niv. 4
  4. « Chevaux mutilés : la piste humaine écartée sur la grande majorité des cas, les éleveurs crient leur colère » (7 décembre 2020) — Demotivateur Niv. 4
  5. Gael Brulin, « Dieppe : après la mort de sa jument, une femme condamnée pour dénonciation de crimes imaginaires » (29 juin 2021) — 24matins Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · vérification des sources : à faire · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

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