← Tous les dossiers

NX-112 · Station radio militaire

UVB-76, la radio qui bourdonne

Russie (régions de Moscou et de Saint-Pétersbourg) · Années 1970 – aujourd'hui

Enquêtes officielles et archives

Bilan · Station de transmission militaire russe très probable ; contenu des messages inconnu ; aucun lien établi avec une riposte nucléaire Dossier approfondi7 min de lecture · rédigé le 27 octobre 2026 · mis à jour le 27 octobre 2026

Sur la fréquence 4625 kHz, une radio russe émet jour et nuit, depuis près de cinquante ans, un bourdonnement monotone. De temps en temps, une voix l'interrompt pour lire quelques mots de code, des prénoms et des chiffres, puis le bourdonnement reprend. Aucun gouvernement n'a jamais reconnu exploiter cette station, connue des radioamateurs sous le nom d'UVB-76 ou « The Buzzer ». Sur internet, on la surnomme la « radio de l'apocalypse » : elle serait liée au système soviétique de riposte nucléaire automatique. Les écouteurs qui la suivent depuis des décennies ont une explication beaucoup moins dramatique.

Un bourdonnement sans fin

Il suffit d'un simple récepteur à ondes courtes pour l'entendre. Sur la fréquence 4625 kHz, un son grave et monotone se répète, une vingtaine de fois par minute, jour et nuit. Les radioamateurs l'appellent « The Buzzer », le bourdonneur. En russe, on dit « Joujjalka ». Son nom le plus connu, UVB-76, vient d'une erreur : l'indicatif réellement entendu était UZB76.

Selon le site Priyom, un groupe d'écouteurs qui suit les stations militaires et de renseignement, la station a été signalée pour la première fois dans les années 1970. Un enregistrement de janvier 1982 existe déjà. Le son a changé plusieurs fois ; le bourdonnement actuel date d'environ 1990.

Ce qui intrigue, c'est le silence officiel. Selon un article de JAMnews inspiré d'une enquête de la BBC, la plupart des spécialistes attribuent la station à l'armée russe, mais celle-ci ne l'a jamais reconnue.

Des voix dans le bruit

De temps en temps, le bourdonnement s'arrête et une voix parle en russe. Le premier message vocal enregistré date du 24 décembre 1997. Selon la synthèse publiée par Priyom en 2012, un message typique répète deux fois un indicatif, donne un groupe de chiffres, puis un mot de code suivi de quatre paires de chiffres. Par exemple : « MDZhB MDZhB 93 343 AVTOKOD 03 09 36 91 ».

Les mots de code sont souvent étranges. Le 11 décembre 2024, selon le média Meduza, la station a émis 24 fois dans la journée, avec 30 mots au total : « alphabet », « billard », « Géhenne », mais aussi des mots qui n'existent pas en russe. En septembre 2025, selon Futura, elle a lu des prénoms comme Nikolaï, Tatiana ou Olga, suivis de nombres.

Il existe d'autres formats, plus rares, avec deux indicatifs ou une forme unique. Certains messages sont répétés à l'identique, parfois plusieurs années plus tard, ce qui laisse penser qu'il s'agit de signaux convenus à l'avance plutôt que de longs textes chiffrés.

Il y a aussi eu des incidents. En 2001, un micro resté ouvert a laissé entendre une conversation entre opérateurs. D'autres diffusions accidentelles ont eu lieu en novembre 2010 et en avril 2011. En juin 2010, le signal horaire que la station émettait chaque heure a été supprimé. Le 24 décembre 2017, la fréquence a diffusé de la musique et des cris favorables à l'Ukraine : selon Meduza, elle avait probablement été piratée.

Où se trouve l'émetteur ?

Pendant longtemps, l'émetteur se trouvait à Povarovo, près de Moscou, dans un centre de transmissions militaire. En 2010, la station s'interrompt plusieurs fois, puis change d'indicatif en septembre : MDZhB. Selon Priyom, l'émetteur a alors quitté Povarovo pour d'autres sites.

Depuis, la station émet depuis plusieurs centres de transmissions près de Saint-Pétersbourg et de Moscou, qui changent souvent. Les écouteurs l'associent à l'organisation militaire de la région : le district militaire de Moscou jusqu'en 2010, puis le district militaire Ouest, et depuis 2024 le district militaire de Leningrad. Les indicatifs ont continué à changer : ZhUOZ fin 2015, ANVF en 2019, NZhTI depuis décembre 2020.

La « radio de l'apocalypse » ?

Le mystère a nourri une théorie célèbre. La station serait liée au système soviétique de riposte nucléaire automatique, surnommé « Main morte » ou « Périmètre ». Si le bourdonnement s'arrêtait, cela signifierait que Moscou a été détruite, et la riposte se déclencherait. D'où son surnom de « radio de l'apocalypse ».

Les spécialistes de l'écoute rejettent cette idée. Selon Priyom, la station s'est souvent arrêtée, pour des pannes ou des maintenances, sans que rien ne se déclenche. Le 5 juin 2010, elle est restée muette pendant 24 heures. Le bourdonnement ne cache pas non plus de données secrètes : on peut le reproduire avec un simple générateur de sons.

Les messages sont parfois rapprochés de l'actualité. Selon Meduza, la station a envoyé beaucoup de codes les 22 et 23 février 2022, juste avant l'invasion de l'Ukraine, mais aucun le jour même de l'invasion. Futura note qu'après des messages très commentés, aucun événement majeur n'a suivi.

L'explication des écouteurs

Selon la synthèse de Priyom, la station ferait partie d'un réseau de commandement de l'armée russe. Ses messages seraient des annonces générales destinées à des unités ou à des bureaux militaires, comme les commissariats militaires. Une plaque photographiée dans l'un de ces bureaux appuie cette hypothèse.

Le bourdonnement aurait une fonction simple : occuper la fréquence pour que personne d'autre ne l'utilise, montrer que l'émetteur fonctionne, et permettre aux opérateurs de rester à l'écoute en permanence. C'est ce qu'on appelle un « marqueur de canal ». Le signal est aussi émis sous une forme que des récepteurs très simples peuvent capter, ce qui conviendrait à des destinataires peu équipés.

Une autre piste a été évoquée : un article de géophysique russe de 2008 mentionne une porteuse sur 4,625 MHz utilisée pour sonder l'ionosphère. La synthèse de Priyom juge l'idée plausible, mais ne peut pas confirmer que le bourdonneur ait servi à cela. Les deux usages ne sont d'ailleurs pas incompatibles. JAMnews juge aussi cette explication plus crédible que celle de la riposte nucléaire, ou que l'hypothèse de messages pour des espions, trop courts pour cet usage.

Priyom précise que la station n'est pas une véritable « station de nombres », comme celles qui transmettaient des messages chiffrés à des espions pendant la guerre froide. Elle ressemble plutôt à un canal de transmission militaire ordinaire, à ceci près qu'il est écouté par de nombreux curieux à travers le monde.

Ce que les sources permettent de dire

Les enregistrements accumulés depuis 1982 montrent une station réelle, très probablement militaire, dont l'organisation suit celle des districts militaires russes. Le contenu exact des messages reste inconnu, faute de clé pour lire les codes.

Le mystère tient surtout au secret militaire et à l'absence de toute déclaration officielle. Rien, dans les données disponibles, ne relie la station à un système de riposte nucléaire, ni ne permet de prédire un événement à partir de ses messages.

Les explications examinées

Plausible
Canal de transmission de l'armée russe, avec un bourdonnement servant de marqueur de canal

Organisation suivant les districts militaires ; analyse des écouteurs (Priyom) ; jamais confirmée officiellement.

Plausible
Messages d'alerte ou de mobilisation destinés aux bureaux militaires

Hypothèse de Priyom, appuyée par une plaque photographiée.

Écartée
Élément du système de riposte nucléaire automatique « Main morte »

La station s'est souvent arrêtée sans conséquence.

Débattue
Messages pour des espions (station de nombres)

Messages jugés trop courts ; format différent des stations de nombres.

Questions ouvertes

  • Que signifient les mots de code lus par la station ?
  • Qui reçoit concrètement les messages de 4625 kHz ?

Pas de source primaire consultable en ligne : La station n'a jamais été reconnue officiellement ; les seules sources directes sont les enregistrements des radioamateurs, documentés par le site spécialisé Priyom.

Sources

Meilleure source : niveau 3 (institution) · barème de la charte éditoriale.

  1. « The Buzzer » (fiche de la station, indicatifs, sites d'émission, réseau) — Priyom.org (groupe d'écoute des stations militaires et de renseignement) Niv. 3
  2. Tucana, « The Buzzer Primer » (25 mars 2012) — Priyom.org Niv. 3
  3. « Mysterious radio station transmitting signal for 35 years » (11 août 2017, d'après la BBC) — JAMnews Niv. 4
  4. « Stay tuned: Russian UVB-76 radio station, rumored to be run by the military, broadcasts burst of mysterious messages » (17 décembre 2024) — Meduza Niv. 4
  5. Sylvain Biget, « Une étrange radio russe vient de diffuser un nouveau message avec des mots que personne n'arrive à expliquer » (9 septembre 2025) — Futura Niv. 4

Rédigé — relecture humaine recommandée avant publication · vérification des sources : à faire · relecture humaine : en attente. Les statuts « retenue », « plausible », « débattue » et « écartée » décrivent l'état des preuves, pas une opinion sur les croyances.

Ouvrir dans l'observatoire interactif →